pourquoi la présence de Wagner inquiète-t-elle autant les occidentaux ?



L’opération Wagner est synonyme de déstabilisation. D’abord, pour les occidentaux, l’État malien – ou ce qu’il en reste – ferait mieux d’utiliser ses maigres ressources pour soutenir ses soldats et sa population plutôt que pour payer des mercenaires étrangers. Des mercenaires qui viennent protéger les maliens des terroristes mais aussi aider la junte à se maintenir au pouvoir. Or, Paris notamment, tente désespérément de convaincre les militaires de lâcher les commandes et d’organiser des élections pour rendre le pouvoir aux civils. L’arrivée de Wagner risque de ruiner ces efforts.

Il faut regarder ce qui se passe en Centrafrique, où l’organisation s’est implantée en 2018. Le pays a confié à Wagner la formation de son armée et de nombreuses missions de maintien de l’ordre. Aujourd’hui, c’est elle qui tient les clés de l’appareil sécuritaire, qui protège le président ; ses membres commandent même des unités jusque-là formées par les soldats de l’Union européenne.

Leurs méthodes ? Brutalité, exactions. À plusieurs reprises, leurs attaques contre des villages peuls se sont soldées par des dizaines de morts civils, femmes et enfants compris. Les occidentaux craignent les mêmes dérives au Mali.

Comment est-ce qu’ils peuvent réagir ? En Centrafrique, l’Europe a sanctionné une douzaine de membres de l’organisation et suspendu ses opérations de formation.

Au Mali, au-delà des sanctions, on ne sait pas ce que vont faire les occidentaux engagés dans la lutte anti-djihadiste. Pour l’instant, en tout cas, il n’est pas question pour la France de replier Barkhane plus vite que prévu (la force doit passer de 5 000 hommes à environ 3 000 d’ici à deux ans).

Mais au sein de la force européenne Takuba, plusieurs pays ont déjà fait savoir que le déploiement de mercenaires était incompatible avec leur présence. Personne ne souhaite se retrouver au contact des Russes sur le terrain.

C’est aussi une question d’influence pour les européens. Depuis quelques années, la Russie a engagé une opération tous azimuts en Afrique. Du soft power, avec des campagnes de propagande pro-russe sur les réseaux sociaux. Le parrainage d’influenceurs anti-français. Le financement de films et de dessins animés assimilant les Russes à des héros qui protègent les populations locales. Pour pousser ses pions, elle compte aussi sur le volet militaire. Wagner, dont l’écusson représente une tête de mort blanche sur fond noir, est présent au Soudan, au Mozambique, à Madagascar, en Libye. 

S’appuyer sur des réseaux non conventionnels, permet surtout à l’État russe de nier sa responsabilité et son implication. Officiellement le Kremlin n’a aucun lien avec Wagner mais plus la Russie avance, moins les européens sont capables de faire contre-poids et plus l’influence de la France s’effrite ; l’arrivée des mercenaires au Mali a des allures de défaite, pour Bruxelles comme pour Paris.





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