« Les mesures sanitaires appliquées sont toujours dérisoires » – Midi Madagasikara


Le député prône la vaccination.

Todisoa Andriamampandry, député élu dans le sixième arrondissement de la Capitale, enseignant chercheur de carrière, économiste et spécialiste en gestion publique,  titulaire d’un doctorat en sociologie de développement, exhorte la priorisation des problèmes sociaux et le soutien au secteur privé en vue de la relance, qui, selon lui, ne sont pas pris en compte dans le budget 2022. Entretien.

 Midi Madagasikara : Pouvez-vous dresser un bilan de cette session parlementaire qui vient de se clôturer ?

Todisoa Andriamampandry : Aucun changement majeur par rapport à l’année dernière n’a été constaté. Les résolutions prises n’ont aucun impact sur la vie quotidienne des gens. Je déplore également que les remarques relevées par les députés lors des derniers « face-à-face » avec le gouvernement n’ont pas été quantifiées dans la PLF 2022. La majorité au sein du Parlement ne fait que suivre bêtement les directives de l’Exécutif sans aucune remise en question et fait que tous les projets de lois soumis ont été presque tous votés. Par ailleurs, les résolutions adoptées ne prévoient en aucun cas l’amélioration de la vie sociale de la population, face à la hausse de tous les prix surtout les PPN et les matériaux de construction et la diminution du pouvoir d’achat. Dans le budget de l’Etat pour l’année prochaine, le gouvernement ne donne aucune visibilité de sa stratégie pour combattre cette inflation incessante et améliorer le pouvoir d’achat de la population, dans la création d’emploi rentable et durable. Le secteur privé, qui est le principal moteur du développement, pour sa part, a été mis à l’écart, et ne bénéficie d’aucun appui ou d’une stratégie de relance dans la loi de finances 2022. Les budgets sans destination précise persistent encore dans le PLF 2022 et représentent 5.9% du budget de l’Etat. Ce qui met en doute la transparence et la crédibilité du PLF.

M-M : Quoi qu’il en soit, le budget de l’Etat pour 2022 a été adopté. Il est donc logique que l’opposition n’ait pas adhéré au vote de cette loi. Mais pourquoi ne pas voter contre ?

T-A : Nous ne partageons pas les mêmes priorités. Ils n’ont pas pris en compte les besoins urgents de la population. Désormais, la première préoccupation des Malgaches est de satisfaire leurs besoins fondamentaux notamment la nourriture, la santé, le toit, la sécurité, et de trouver des solutions pérennes relatives à ces problèmes de coupure d’eau et d’électricité qui pénalisent la vie quotidienne, au lieu de jouir des infrastructures telles que les « kianja manara-penitra ». Nous ne cautionnerons pas également l’idée selon laquelle les secteurs sociaux ne représentent que 27.4% du budget. L’élevage et l’agriculture occupent le 6e rang du classement des dépenses de l’Etat alors que 80% de la population malgache sont encore des paysans dont la plupart veulent professionnaliser leur activité pour pouvoir améliorer leur condition de vie. Aussi, nous importons plus mais exportons moins, alors que pour relancer notre économie, nous devons exploiter nos ressources et exporter davantage pour avoir plus de devises. La politique de devise n’est pas du tout claire. Nous apportons aussi nos critiques en ce qui concerne l’ambiguïté sur les recettes fiscales et l’utilisation des deniers publics. Et comme à l’accoutumée, le taux d’inflation estimé à 6.4% en 2022 ne sera point maîtrisé puisque les politiques prévues ne sont pas adaptées aux réalités. Les dirigeants se contentent alors de faire ce qui leur plaisent, ils ne savent pas faire la distinction entre « urgent » et « important ». Le Parlement est constitué en majorité par ceux du pouvoir et, ainsi, tout ce qui est proposé est systématiquement validé. Donc le vote n’est qu’une simple formalité.

M-M : Comment appréciez-vous les nouvelles mesures sanitaires que l’Etat vient d’annoncer pour lutter contre la troisième vague de la pandémie de Covid-19 ?

T-A : L’Etat Malgache n’anticipe rien, les mesures sanitaires appliquées sont toujours dérisoires. On n’assiste à aucune prise en main par l’Etat dans la mobilisation des gens à se faire vacciner, et à être toujours vigilants face à la propagation de la pandémie. Faut-il toujours attendre que le taux de mortalité grimpe pour prendre des mesures beaucoup plus strictes dans la punition de ceux qui enfreignent les procédures ? Une stratégie plus adaptée est de rigueur. Le CVO que le pouvoir a toujours prôné n’est pas une solution et qui, jusqu’ici, n’a jamais subi aucun essai clinique. Une politique d’aide pérenne est nécessaire, ce qui n’existe d’ailleurs pas jusqu’à présent, pour subvenir aux gens et au secteur les plus frappés par la Covid-19, ainsi que les familles les plus vulnérables. D’ailleurs, seulement 446 millions USD des allocations prévues pour la lutte contre la Covid-19 ont été décaissés, jusqu’à présent, sur 817 millions USD de financement, alors que le reliquat n’est pas reporté dans le PFL 2022.

 M-M : L’organisation d’une « concertation nationale » est-elle un préalable à la participation aux prochaines élections pour le parti Tiako i Madagasikara ?

T-A : Une concertation nationale de tous les acteurs politiques est nécessaire. Il faut donner une place importante dans les dialogues et promouvoir l’esprit d’appartenance de tous ces acteurs. À l’approche des élections, il est regrettable de voir que tous les membres de la Ceni et de la HCC sont des partisans du régime, d’où le népotisme et le favoritisme, pour ne citer entre autres que le président de la CENI est l’époux de l’actuelle ministre de la Fonction Publique, un membre de la HCC est la femme du Secrétaire général adjoint de la Présidence. Bref, l’opposition actuelle est une opposition intelligente, et réclame que les tenants du pouvoir respectent la Constitution qui est la base essentielle d’un pays et que la démocratie soit appliquée et qu’il y ait vraiment une liberté d’expression, que l’acquisition des droits fondamentaux soit une évidence, ainsi pour que les priorités soient mises en avant dans la vie sociale et économique du Pays. Les aspirations du Peuple doivent être assouvies car nous sommes tous victimes d’une mauvaise gouvernance et d’une corruption inégalée.

Recueillis par Rija R.





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