le téléphérique, une verrue pour la colline sacrée, déplorent des citoyens



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Depuis ce week-end, le tracé d’une des deux lignes de téléphérique dans la capitale malgache cristallise les tensions au sujet de ce chantier des plus coûteux. Les plans prévoient qu’une des stations sera installée sur une colline sacrée. 

Avec notre correspondante à Antananarivo, Sarah Tétaud

En septembre dernier, à Madagascar, la présidence annonçait l’obtention d’un prêt de 151 millions d’euros octroyés par la France. Des fonds destinés à la construction de deux lignes téléphériques pour Antananarivo. Le but : désengorger une capitale complètement congestionnée.

Mais le projet est très vite critiqué par la société civile. Car la population n’a pas été consultée avant la signature alors qu’il s’agit de l’aménagement le plus coûteux jamais réalisé dans la capitale.

Depuis ce week-end, c’est le tracé d’une des deux lignes qui est venu cristalliser les tensions. Les plans prévoient qu’une des stations sera installée sur une colline sacrée. 

« Nous regrettons que cette consultation des avis des usagers ait lieu plusieurs semaines après la signature des accords ; cette situation nous fait penser que la décision est déjà prise », écrit en préambule, l’Association des amis du patrimoine, invitée il y a quelques jours à se prononcer sur le tracé du téléphérique.

L’inscription à l’Unesco toujours plus compromise

Son président, Frédéric Rabesahala, tient à rappeler que ce n’est pas l’ensemble du projet qui pose problème, mais seulement la construction de la gare sur le site de la Haute Ville et quelques pylônes : « La colline d’Andohalo est l’une des collines sacrées de Tana. Là, il y a comme une profanation architecturale, mais il y a des risques de profanations de sites religieux et peut-être de sites historiques. Et ça, ça pose vraiment problème. » 

La colline, sise sur un bloc de granit, a abrité plusieurs dynasties de têtes couronnées malgaches. On y trouve aujourd’hui encore des monuments emblématiques comme le palais de la Reine, le Palais du Premier ministre, des temples ou la cathédrale.

« On ne tient pas compte de l’âme des Malgaches, de sa manière de voir, de son histoire et de son inconscient collectif, des mythes et légendes qui se sont créés autour de cette colline. Il faut voir comment la cosmogonie malgache s’est inscrite sur cette colline en particulier et que de troubler la création de la civilisation, la création de tout ce qui a été fait autour de cette colline, c’est ce trouble-là qui risque d’engendrer des problèmes humains et sociétaux. » 

Autre drame, pour les défenseurs du site, l’installation de pylônes en Haute Ville ferait perdre définitivement la possibilité d’inscrire le site au patrimoine mondial de l’Unesco. « Une inscription déjà bien compromise depuis la construction décriée du Colisée », reconnaît Frédéric Rabesahala. 

Les Amis du patrimoine proposent deux autres solutions. La première, construire un funiculaire, moins encombrant visuellement. La seconde, déplacer le tracé sur la colline adjacente.



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