Contradictions internes



Chronique

Contradictions internes

14 décembre 2001 – 14 décembre 2021 : vingt ans donc que la colline d’Ambohimanga, coiffée de son Rova, figure sur la Liste du Patrimoine mondial. Ce même 14 décembre 2021, le Gouvernement organisait au gymnase couvert de Mahamasina une «consultation publique» pour ou contre le projet de «transport par câble» ou téléphérique, notamment sur la Haute-Ville d’Antananarivo.

Le paradoxe n’était sans doute patent que pour les vrais passionnés entre la commémoration d’une reconnaissance de la valeur historique et authentique d’Ambohimanga d’une part, et le projet d’un téléphérique qui va détruire cette même valeur historique à Antananarivo.

Le 14 mars 1897, le Gouverneur Général Joseph Gallieni avait fait exhumer les dépouilles mortelles d’Andrianampoinimerina (décédé en 1810), Ranavalona 1ère (décédée en 1861) et Ranavalona II (décédée en 1882) pour les extraire du Rova d’Ambohimanga et les transférer au Rova d’Antananarivo. Dans son entreprise de désacralisation, Gallieni fit également déplacer les tombes «Fitomiandalana» des premiers souverains d’Antananarivo depuis le XVIIème siècle, à leur emplacement actuel, au pied des tombeaux des souverains du XIXème siècle.

Malgré cette double profanation de mars 1897, malgré l’incendie criminel du 6 novembre 1995 au Rova, il reste possible de postuler pour une inscription de la Haute Ville d’Antananarivo sur la liste du patrimoine mondial. La première démarche de ZPPAUP (Zone de Protection du Patrimoine Architectural, Urbain et Paysager) s’inscrit dans cette logique que mettra en péril l’implantation de gares ou de pylônes de 40 mètres de hauteur à Andohalo et Ambatondrafandrana-Antsahatsiroa.

Ce programme ZPPAUP, mis en place en 2009, avait associé la Ville d’Antananarivo et la Région Ile-de-France dans la «préservation des éléments urbains à haute valeur identitaire, architecturale et patrimoniale» aussi bien dans la Haute-Ville historique, classée « Secteur Sauvegardé », qu’à l’intérieur d’un périmètre défini à l’entour. Entré en vigueur le 12 juin 2009, l’arrêté municipal 515-CUA/DS/DPDU/SPF 09 (portant création du Secteur Sauvegardé et de la ZPPAUP d’Antananarivo) conditionne, par exemple, l’obtention d’un permis de construire à l’intérieur de cette zone de protection à l’observation de prescriptions architecturales spécifiques.

Dernier paradoxe, la coopération française qui tisse de la main droite un ZPPAUP sur la Haute-Ville d’Antananarivo, et le détricote de la main gauche avec un projet de téléphérique au coeur même de cette Haute Ville. Franck Riester, au nom de la France, avait validé ce projet de téléphérique sur la colline d’Antananarivo: financé par l’AFD (Agence française de Développement) et confié à l’entreprise Colas. Le Ministre de la Culture qu’il fut, de 2018 à 2020, aurait sans doute été plus sensible à l’atteinte à la Culture sur la Haute-Ville d’Antananarivo.



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