Philippe François et Brigitte Mroczek nient en bloc



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Au troisième jour du procès de l’affaire « Apollo 21 » sur la tentative présumée de coup d’État, le second Français, ex-colonel de l’armée de terre présenté comme un personnage clé du dossier, et sa désormais ex-compagne, arrêtée avec lui le 20 juillet 2021 à l’aéroport d’Antananarivo alors qu’ils s’apprêtaient à quitter définitivement la Grande Île, ont été entendus à la barre.

De notre correspondante à Antananarivo,

Dans la salle d’audience, l’ambiance est beaucoup plus tendue que la veille. Philippe François parle fort. De son regard bleu acier, il toise les avocats généraux et la Cour. Son ton est agacé. « On vous reproche un complot », lui lance la juge. « Mon associé Paul Rafanoharana n’a pas partagé son projet avec moi », répond l’accusé. « Et ce n’est pas avec deux pages de budget (un document écrasé mais retrouvé dans la mémoire d’une de ses clés USBaf, et dont il ne connait pas la provenance, Ndlr) que l’on fait un projet. Pour réaliser un complot, il faut des hommes, de l’argent et un plan. Il est où le complot ?! Ce complot n’existe pas ! Il n’y a ni les gens, ni l’argent, ni les plans », assène-t-il avec véhémence.

Cet ex-militaire, reconverti dans la sécurité civile, est arrivé à Madagascar en janvier 2020 avec sa conjointe Brigitte Mroczek. Il est embauché en tant que directeur général chez SmartOne, une société spécialisée dans le traitement de données pour l’intelligence artificielle. Licencié dix mois plus tard pour manquements, le Saint-Cyrien se lance en décembre 2020 avec deux connaissances rencontrées quelques semaines plus tôt chez une connaissance commune – l’ex-premier conseiller de l’ambassade de France – dans la création d’un fond d’investissement dénommé Tsara First, dédié notamment à l’achat et à la revente d’or.

« Il n’a jamais été question d’assassiner ou neutraliser qui que ce soit »

« Il n’a jamais été question d’assassiner ou neutraliser qui que ce soit. Je n’ai jamais été impliqué de près ou de loin dans un tel projet », répète-t-il. « La seule chose que je savais c’est que Paul (un temps pressenti au poste de Premier ministre, Ndlr) voulait créer une alternance (politique). Donner un nouveau souffle au président de la République ».

Durant l’audience, le Français s’emploie à démontrer que Tsara First est tout sauf une société écran : « Des heures de travail, de réflexion, de business plan que vous avez dû trouvé en fouillant mon ordinateur … » Mais l’activité ne décolle pas aussi vite qu’il le voudrait. Les liens avec son associé se distendent. Les deux hommes ne se parlent plus. Celui qui a à cœur de se présenter comme « un père de famille responsable » décide donc de quitter l’île. Il affirme également ne pas avoir été au courant de l’existence des 900 millions d’ariary en liquide (200 000 euros) retrouvés au domicile de son associé.

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Face à la Cour, Philippe François insiste : il ne connaît que 5 des 19 autres accusés. « Ces gens-là », se retourne-t-il en montrant du menton ses camarades d’infortune, « je les ai découverts en prison. »

Puis c’est au tour de sa compagne d’être interrogée. À la barre, Brigitte Mroczek, est fébrile. « Je n’ai absolument rien à voir avec cette affaire ! », lance-t-elle, vacillante, des sanglots dans la voix. Très vite, elle informe que son couple battait de l’aile. Elle avait prévu de quitter son conjoint dès leur arrivée en France. Mais elle ne veut pas s’étendre : « mes problèmes de couple n’ont rien à voir avec tout ça ».

Dans la salle, entre elle et lui, le contact est glacial. Aucun regard, aucune parole échangée. Oui, son conjoint buvait avec excès. « Il y avait toujours trop d’alcool durant ses réunions de travail », concède-t-elle. Oui, elle était inquiète de ses fréquentations avec le Premier conseiller de l’ambassade, oui elle était une femme blessé. « Philippe a fait venir une collaboratrice de France en plein Covid (sa maîtresse, apprendra-t-on au cours de la lecture des déclarations consignées durant l’enquête) et c’est pour cette raison qu’il a été licencié », indique-t-elle. Mais non, soutient-elle, « ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit sur lui. On m’a utilisée, manipulée. Toute ma déposition a été réécrite. Je n’ai pas eu le droit de la modifier. « Ne compliquez pas les choses Madame, vous devez signer », me disait-on ! On s’est servi de moi pour accuser Philippe et le charger ! »

La défense dénonce des vices de procédure

L’exemple le plus emblématique est cette phrase que le ministère public va passer de longues minutes à décortiquer. D’après la Française, son conjoint aurait dit à Paul Rafanoharano à l’occasion d’une discussion à leur domicile : « Il suffit d’un commando de 50 personnes. Et c’est facile à trouver ». Or dans les dépositions, il a été noté : « Il suffit d’un commando de 50 personnes pour renverser le régime. » « En aucun cas je n’ai entendu cela ! Ce morceau de phrase a été ajouté à ma déposition ! », déplore Mme Mroczek.

Des actes d’accusations qui diffèrent d’une langue à l’autre. Des propos modifiés. Des actes graves, pour Maîtres Nini et Tahina, les avocates de l’accusée. « Brigitte n’a pas été assistée par un avocat durant le deuxième et troisième interrogatoire. Elle n’a pas eu la possibilité d’en appeler un », insistent-elles.

L’audience de mercredi s’est terminée sur une dernière révélation. Interrogée par Me Chan Fah, l’avocat de Mr François, Mme Mroczek a confirmé qu’elle avait été appelée dans le bureau de la procureure générale. « C’est très étonnant pour nous avocats, commente Me Chan Fah au micro de RFI. L’enquête se déroule en présence du juge d’instruction. Et je ne comprends pas pourquoi il y a interférence de la procureure générale à ce stade-là. C’est un incident de procédure. Ça entraîne beaucoup de suppositions qui ne sont pas favorables dans le cadre d’un procès équitable. »

Jusqu’à présent, seuls trois des 20 accusés ont été entendus. Le procès devrait s’étaler encore jusqu’à la semaine prochaine.



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