Développement industriel – Zoom sur l’ONUDI


L’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI) est l’agence spécialisée des Nations Unies qui promeut le développement industriel pour la réduction de la pauvreté, la mondialisation inclusive et la durabilité environnementale. Cent soixante dix États sont actuellement membres de l’ONUDI. L’Express de Madagascar braque son projecteur sur cette organisation qui tient sa Conférence Générale depuis le 29 novembre dernier et au cours de laquelle le président de la République Andry Rajoelina est intervenu par visioconférence.

La mission de l’ONUDI, telle que décrite dans la Déclaration de Lim a adoptée à la quinzième session de la Conférence générale de l’ONUDI en 2013, ainsi que dans la Déclaration d’Abou Dhabi adoptée à la dix-huitième session de la Conférence générale de l’ONUDI en 2019, est de promouvoir et d’accélérer le développement industriel inclusif et durable (ISID) dans les États membres.

La pertinence de l’ISID en tant qu’approche intégrée des trois piliers du développement durable est reconnue par le Programme de développement durable à l’horizon 2030 et les objectifs de développement durable (ODD) connexes, qui encadreront les efforts des Nations Unies et des pays en faveur du développement durable au cours des dix prochaines années. . Le mandat de l’ONUDI est reconnu dans l’ODD9, qui appelle à « Construire une infrastructure résiliente, promouvoir une industrialisation inclusive et durable et favoriser l’innovation ». La pertinence de l’ISID, cependant, s’applique dans une plus ou moins grande mesure à tous les ODD.

L’orientation programmatique de l’Organisation est structurée, comme détaillé dans le Cadre de programmation à moyen terme de l’Organisation 2018-2021, en quatre priorités stratégiques : créer une prospérité partagée, faire progresser la compétitivité économique, la sauvegarde de l’environnement et le renforcement des connaissances et des institutions.

Chacun de ces domaines d’activité programmatiques contient un certain nombre de programmes individuels, qui sont mis en œuvre de manière holistique pour, selon l’ONUDI, obtenir des résultats et des impacts efficaces grâce à ses fonctions habilitantes que sont la coopération technique, les fonctions d’analyse et de recherche et les services consultatifs politiques, les fonctions et normes normatives et les activités liées à la qualité, et la convocation et les partenariats pour le transfert de connaissances, la mise en réseau et la coopération industrielle.

L’ONUDI affirme avoir accru significativement ses services techniques au cours des dix dernières années. Dans le même temps, elle est également parvenue à mobiliser plus de ressources financières, lui permettant de renforcer son rôle de « fournisseur efficace de services catalytiques de développement industriel ».

L’ODOF et les pépinières industrielles parmi les projets phares

Dans le cadre de la mise en œuvre du programme ODOF (One District, One Factory), l’ONUDI s’est engagée à soutenir Madagascar. Un accord a déjà été signé à cet effet avec le Ministère en charge de l’Industrialisation, du Commerce et de la Consommation. L’objectif consiste à promouvoir l’industrialisation régionale par la valorisation des ressources et du savoir-faire locaux. Ainsi, l’ONUDI a démarré la matérialisation de cette collaboration par la remise de matériels et équipements en partenariat avec Multi-Partner Trust Fund (MPTF). Les dons visent à sauvegarder les emplois dans un contexte de crise sanitaire, et à appuyer l’entrepreneuriat dans les différentes régions du pays.

Plusieurs activités génératrices de revenus ont aussi bénéficié des matériels et équipements allant des machines à coudre aux surjeteuses et piqueuses en passant par les machines à découpe avec table. Huit associations sélectionnées dans les régions d’Analamanga, Atsinanana, Alaotra Mangoro et Analanjirofo ont été les premières bénéficiaires. Le second projet intitulé « Appui à la transformation semi-industrielle de la canne à sucre » va pour sa part contribuer à l’amélioration et la valorisation de la productivité du secteur semi-industriel de la canne à sucre, intégrant les petits producteurs indépendants, par la dotation de matériels et équipements accompagnée de transfert de technologie.

Enfin, le troisième projet consiste en l’élaboration d’un livret relatif aux métiers d’artisan et de gestionnaire des petites unités semi-industrielles. L’ONUDI a soutenu le recensement des métiers au nombre de 157 actuellement dans le but de les distinguer des autres secteurs d’activités, tout en facilitant leur professionnalisation.

Le projet de mise en place de pépinières industrielles dans chaque région peut aussi miser sur le soutien de l’ONUDI. Le Président Rajoelina, lors de son intervention à la Conférence générale de l’ONUDI, a déclaré qu’il faut « créer la coopération de production régionale pouvant aboutir au développement de filière et de croissance économique locale ». Une mission à laquelle s’attelle le ministère de l’Industrialisation, du commerce et de la consommation, depuis sa prise en main par le ministre Edgard Razafindravahy. Notons que l’ONUDI Madagascar a tenu à saluer l’intervention du Ministre, le 25 novembre dernier lors de la 9ème édition de la Conférence Ministérielle des Pays les Moins Avancés, qui a développé la vision du pays en matière de transformation locale.

Andry Rajoelina « L’industrialisation est stratégique pour Madagascar »

Lors de son intervention en ligne à la XIXe conférence de l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel, ce 29 novembre, le président de la République Andry Rajoelina a souligné l’importance de l’industrialisation dans la stratégie de relance post-crise de Madagascar. Selon le Chef de l’Etat, l’objectif est d’avoir une économie autonome. « L’industrialisation est stratégique pour l’Afrique et pour Madagascar, en particulier, afin que notre économie soit autonome », a-t-il déclaré. L’industrialisation que le Président Rajoelina présente comme un pilier de la relance économique après la crise sanitaire.

La Conférence générale de l’ONUDI a aussi été une opportunité pour le Chef de l’Etat de rappeler le constat selon lequel les pays qui dépendent de l’importation sont ceux qui souffrent le plus des conséquences économiques de la pandémie. « À Madagascar, nous relevons ce défi avec la mise en place d’une politique industrielle pertinente. Nous allons produire localement tout ce dont les Malgaches ont besoin au quotidien et renforcer la compétitivité de la Grande île sur le marché régional et continental en créant de la valeur ajoutée », a-t-il également affirmé. Rappel aussi a été fait par Andry Rajoelina que l’État œuvre depuis maintenant deux ans à la mise en place d’unités industrielles dans la filière sucre, l’huile alimentaire, la farine de blé et le ciment, afin de répondre aux besoins du pays.

Volatiana Rakotondrazafy – « L’ONUDI appuie la Grande Île dans le développement industriel »

L’Oraganisation des Nations-Unies pour le Développement Industriel est présente à Madagascar depuis 35 ans. Volatiana Rakotondrazafy, représentante del’ONUDI à Madagascar détaille les termes de cette coopération.

L’ONUDI a un nouveau Directeur Général. Quels pourraient être les changements suscités par l’arrivée de Monsieur Gerd Müller pour l’Organisation et les pays membres comme Madagascar ?

Le Docteur Gerd Müller, ministre de la Coopération et du développement économique dans le gouvernement fédéral allemand, a en effet pris ses fonctions de nouveau Directeur Général de l’Organisation des Nations Unies pour le Développement Industriel (ONUDI) le 30 novembre 2021, suite à la confirmation de sa nomination pour un mandat de quatre ans lors de la Conférence générale de l’ONUDI qui se termine à Vienne ce jour. Gerd Müller succède ainsi à Li Yong qui dirigeait depuis 2013 cette Agence spécialisée des Nations Unies qui promeut le développement industriel inclusif et durable.

Pendant les deux mandats de Li Yong à la tête de l’ONUDI, l’organisation a connu une transition importante, ses États membres ayant renouvelé le mandat de l’ONUDI avec l’adoption de la Déclaration de Lima en 2013 qui a mis en lumière le concept et la vision d’un développement industriel inclusif et durable, intégré dans l’Agenda 2030 pour le développement durable comme ODD 9 « Bâtir une infrastructure résiliente, promouvoir une industrialisation durable qui profite à tous et encourager l’innovation ».

Gerd Müller s’est engagé à continuer sur la voie du succès tracée par son prédécesseur. Il veut continuer à renforcer l’ONUDI en créant une plateforme mondiale pour le transfert de technologie et de savoir-faire ainsi que la digitalisation. Cette plateforme, selon lui, « peut encourager les compétences et les technologies vertes, étendre l’utilisation des énergies renouvelables et ouvrir un accès juste aux marchés mondiaux et aux chaînes de valeur, et ce, en collaboration étroite avec les autres agences des Nations Unies, les gouvernements, les banques de développement, les entreprises et les investisseurs. »

L’ONUDI joue un rôle dans l’agenda commun de l’ONU pour aider ses États membres à tenir les engagements de l’Agenda 2030 pour le développement durable, l’Accord de Paris sur le climat, la Convention sur la diversité biologique et la Déclaration de Beijing sur l’égalité des sexes.

L’ONUDI continuera à se positionner comme un acteur multilatéral de premier plan pour la promotion d’un développement industriel vert, résilient, inclusif et durable grâce à un partenariat renouvelé entre les pays industrialisés et les pays en voie de développement. Avec un engagement plus marqué des pays industrialisés. Tout ceci pour faire face aux défis mondiaux actuels qui nous touchent tous, entre autres le changement climatique, la pandémie de COVID-19 et la malnutrition en constante augmentation, combattre les inégalités, mieux reconstruire et promouvoir une reprise verte.

En tant que ministre fédéral allemand, Gerd Müller a renforcé le ministère de la coopération et du développement économique en doublant le budget de la coopération et du développement à plus de 12 milliards d’euros et en créant des initiatives spéciales sur « Un monde sans famine», « Réfugiés et migration » et « La formation et les emplois pour les jeunes », le tout en coopération avec des sociétés privées, en particulier en Afrique (Compact with Africa, Plan Marshall avec l’Afrique).

Avec le programme d’urgence COVID-19 de Gerd Müller de 4 milliards d’euros, l’Allemagne a apporté une réponse complète et immédiate pour aider les pays les moins développés et les pays à revenus moyens à faire face aux conséquences sociales, économiques et sanitaires de la pandémie.

Madagascar est membre de l’ONUDI depuis maintenant 40 ans. Quels sont les principaux faits marquant le partenariat de la Grande Ile avec l’agence onusienne ?

L’ONUDI propose ses expertises aux États Membres pour un développement industriel intégré, inclusif et durable. Présente à Madagascar depuis 1986, l’ONUDI appuie la Grande Île dans son agenda de développement industriel. Elle joue un rôle consultatif premier plan dans l’appui de ses pays membres sur toutes les questions relatives à l’industrialisation. L’approche de l’ONUDI en matière de développement industriel inclusif et durable repose sur deux piliers principaux : le premier consiste à créer une prospérité partagée pour tous, et le second à préserver l’environnement. Pour cela, elle propose au Gouvernement ses expertises à travers la coopération technique, les services consultatifs en matière d’analyse et de conseil en matière de politique, l’établissement de normes et la mise en conformité, ainsi que la protection de l’environnement et une fonction de rassemblement pour le transfert de connaissances et la mise en réseau. L’ONUDI est la seule Organisation servant de plateforme mondiale pour la coopération industrielle internationale.

L’État malgache a défini l’industrialisation parmi ses piliers majeurs pour rattraper le retard de développement du pays. Le président de la République s’y est engagé personnellement à travers le Velirano #7 et est lui-même un des huit Présidents Africains à avoir été nommés « Champions de l’Industrialisation de l’Afrique » dans le cadre de l’Initiative des Champions de la 3è Décennie du développement industriel de l’Afrique (IDDA III) que l’ONUDI a lancé en septembre 2018 avec des partenaires comme l’Union Africaine. À ce jour de neuf Chefs d’État sont concernés dont ceux de l’Afrique du Sud, de la Côte d’Ivoire, de l’Égypte, de l’Éthiopie, du Kenya, de Madagascar, de la République démocratique du Congo et du Sénégal.

L’ONUDI soutient le Gouvernement dans le développement d’une stratégie de priorisation et d’accélération de l’industrialisation à travers le Programme Pays. Cela comprend l’identification des secteurs industriels prioritaires, à savoir ceux qui ont un fort potentiel de création d’emplois, d’augmentation des exportations et d’attraction des investissements directs étrangers. L’ONUDI réalise des évaluations de la chaîne de valeur dans ces secteurs et fournit des conseils sur les interventions nécessaires pour faire progresser un développement industriel inclusif et durable. Au cours de ces processus, l’ONUDI identifie et s’adresse à des partenaires essentiels, en mettant l’accent sur la mobilisation d’investissements publics et privés.

L’ONUDI fournit une assistance technique multidisciplinaire. En outre, une équipe multidisciplinaire de l’ONUDI fournit une assistance technique pour l’exécution des programmes ou projets en vue de promouvoir une prospérité partagée, faire progresser la compétitivité économique et la protection de l’environnement. Cela comprend, entre autres, des programmes de formation professionnelle, des programmes de renforcement des capacités commerciales, des projets d’efficacité énergétique industrielle, de promotion de l’économie circulaire, le développement des chaines de valeur et la réalisation de diverses études de faisabilité de projets industriels.

Le ministère de l’Industrie, le ministère de l’Emploi et l’ONUDI co-président le Groupe de Résultats #3 du nouveau cadre de coopération entre Madagascar et le Système des Nations Unies. Le Gouvernement et le Système des Nations Unies à Madagascar ont signé en juin 2021 le nouveau cadre de coopération entre les deux parties pour 2021-2023. L’ONUDI, en tant que membre de l’Équipe-Pays du Système des Nations Unies, co-préside avec le ministère de l’Industrie et le ministère de l’Emploi l’un des quatre Groupes de Résultats de ce cadre de coopération, notamment celui pour Impulser la productivité du travail et la création d’emplois productifs pour des revenus décents et une économie compétitive.

Comment avez-vous élaboré le programme pays de 2019 et quelles parties ont été concertées pour élaborer ce programme ? Et sur quoi avez-vous avancé depuis la signature de ce programme ?

Le Gouvernement de Madagascar a signé avec l’ONUDI le « Programme Pays pour l’émergence industrielle de Madagascar 2019-2023 ». En novembre 2019, en marge de la 18è Conférence Générale de l’ONUDI à Abu Dhabi, le Gouvernement de Madagascar a signé avec l’ONUDI le document de « Programme Pays pour l’émergence industrielle de Madagascar », sous l’égide de Andry Nirina Rajoelina, président de la République, et Li Yong, le Directeur Général sortant de l’ONUDI. Ce document, le premier du genre, constitue le cadre de référence qui définit les actions et coopérations entre les deux parties pour la période de 2019-2023. Il a été établi à travers un processus participatif qui s’est déroulé de juillet 2018 à mai 2019 et qui a vu la contribution effective des parties prenantes nationales, notamment les ministères sectoriels clé, le Secteur Privé et la Société Civile, en l’occurrence l’Alliance pour l’Industrialisation durable de Madagascar. Les Partenaires techniques et Financiers œuvrant dans l’industrialisation ont aussi été consultés. À noter qu’un comité d’élaboration et de mise en œuvre de ce programme pays a été créé conformément au décret interministériel N° 2018-691 du 10 octobre 2018, et qui inclut les différents ministères sectoriels-clé qui sont concernés par l’industrialisation à Madagascar. Les priorités indiquées dans ce Programme Pays sont ainsi celles définies avec ces parties prenantes qui les ont validées lors d’un atelier tenu le 13 mai 2019 à l’Hôtel Ibis Ankorondrano sous le leadership du ministère de l’Industrie. À noter que ces priorités ont été récemment mises à jour suite à la revue à mi-parcours de ce programme par le Comité Interministériel qui s’est tenue le 11 novembre dernier, toujours sous le leadership du ministère de l’Industrie qui assure la présidence de ce Comité.

Depuis sa signature fin 2019 et malgré la pandémie en début 2020, l’ONUDI a pu développer et mettre en œuvre les projets prioritaires de ce Programme Pays, notamment dans des domaines tels que l’agribusiness, les énergies renouvelables, le transfert de technologies pour une gestion écologique des déchets médicaux dans le cadre de la lutte contre la COVID, l’appui à la durabilité des exploitations minières et artisanales et à petite échelle, l’économie circulaire et le développement de compétences dans l’industrie textile, l’entreprenariat des femmes et des jeunes dans la transformation en collaboration avec le Programme Fihariana….Parallèlement, des initiatives non prévues dans ce Programme Pays ont été réalisées, en collaboration avec le ministère de l’Industrie, le Ministère de la Population, le Groupement des Femmes Entrepreneures de Madagascar afin de soutenir le maintien d’emplois pendant la crise sanitaire, renforcer la résilience des femmes et améliorer leur productivité pour mieux rebondir après la pandémie. Ces initiatives rentrent dans le cadre de la contribution du Système des Nations Unies à la mise en œuvre du Plan national de riposte que le Gouvernement Malgache a développé en 2020.

Dans sa politique promouvant la transformation locale, Madagascar s’est engagé dans la création de pépinières industrielles au niveau des Districts. Comment se matérialisera la collaboration avec l’État dans le cadre de ce projet ?

L’ONUDI a lancé le Programme de Partenariat Pays, un modèle de développement innovant qui crée des synergies entre le gouvernement en place et des interventions de partenaires favorisant le développement industriel ainsi qu’un modèle qui tire profit des investissements dans des secteurs prioritaires sélectionnés. Par ailleurs, le développement de zones industrielles spécifiques de différentes tailles comme les parcs industriels fait partie du cœur de métier de l’ONUDI et pour lequel elle dispose d’expériences réussies partout dans le monde (pour ne citer que l’Éthiopie, le Sénégal, le Pérou, l’Égypte ou le Cambodge…). Ainsi, en fonction des filières et des zones identifiées et priorisées par le Ministère de l’Industrie, l’Organisation mettra à disposition de telle expertise pour accompagner l’État dans la création de pépinières industrielles, selon une démarche prouvée et une approche intégrée. Elle développera l’entreprenariat et les clusters d’acteurs autours de ces activités, soutiendra la promotion de technologies propres et durables au sein de ces zones l’efficacité énergétique et l’économie circulaire, développera les compétences techniques et industrielles nécessaires, renforcera les capacités commerciales des entreprises et catalysera les partenariats et les ressources nécessaires à la durabilité de ce genre d’investissements. L’ONUDI intègrera de même les considérations de genre, l’autonomisation des femmes et des jeunes ainsi que le changement climatique, autant d’éléments qui sont indispensables pour favoriser une industrialisation inclusive et durable.



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