La société civile réclame l’abandon des poursuites contre le lanceur d’alerte (…)


Les autorités doivent abandonner les poursuites contre Ravo Ramasomanana, un ancien agent du ministère de la Santé publique et lanceur d’alerte, faussement accusé d’atteinte à l’ordre et à la sécurité publics et d’incitation à des troubles politiques et à la haine, réclament 15 organisations de la société civile dont Amnesty International et Transparency International. Son audience a eu lieu le 15 novembre dernier et le verdict sera rendu lundi prochain.

Pour rappel, Ravo Ramasomanana a diffusée sur les réseaux sociaux, le 15 avril 2021 une vidéo dans laquelle il fait état d’actes de corruption présumés au sein du ministère de la Santé publique. Il encourt, s’il est reconnu coupable, jusqu’à cinq ans d’emprisonnement. Le 3 mai 2021, Ravo Ramasomanana a été cité à comparaître devant le tribunal en raison de la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo dans laquelle il a révélé des informations relatives à des appels d’offres qui seraient truqués, à des emplois fictifs, des contrats de gré à gré non autorisés par la loi et à des falsifications. Il n’a pas pu s’y présenter car il devait alors respecter la quarantaine imposée aux personnes ayant contracté le Covid-19.

« En avril dernier, j’étais très malade du Covid. J’étais face à la mort ; ça a été le déclic, ce qui m’a poussé à dénoncer les magouilles dont j’étais témoin depuis des mois. Je devais partager ça et pas l’emmener avec moi dans mon tombeau, c’est ça qui m’a donné le courage de faire la vidéo », a témoigné Ravo Ramasomanana sur RFI au mois le 15 novembre dernier.

Suite à sa convocation, il a déposé une plainte contre le ministère de la Santé publique auprès du Bianco pour faux et usage de faux, abus de pouvoir, corruption active et passive, abus de confiance, détournement de fonds publics et complicité dans le cadre de l’attribution de marchés publics, pour une valeur de 44 milliards d’ariary (environ 11,7 millions US dollars ). Ravo Ramasomanana a rapporté un cas présumé de corruption dans la passation d’un marché de construction d’un centre de transplantation rénale. Ses révélations ont été le point de départ d’une enquête sur l’attribution d’un marché public pour la construction du centre de transplantation rénale d’Andohatapenaka par le réseau de journalistes d’investigation MALINA, soutenu par Transparency International – Initiative Madagascar (TI-MG). Les résultats de cette investigation corroborent les soupçons du lanceur d’alerte : concurrence déloyale entre les soumissionnaires ; dossiers incomplets aux références discutables ; attribution d’un marché de travaux publics à une entreprise spécialisée dans le nettoyage ; soumission d’une entreprise fictive déclarée comme partenaire de l’entreprise titulaire du marché et qui serait liée à celle-ci par une clause de groupement qui est introuvable.

Le 15 juin 2021, Ravo Ramasomanana a répondu à l’assignation à comparaître qui lui avait été adressée et s’est présenté devant le tribunal. C’est à cette occasion qu’il a été notifié d’une autre poursuite qui venait d’être intentée contre lui, cette fois-ci, par la gendarmerie nationale. Ce qu’on lui reproche : le chef de l’unité de lutte contre la cybercriminalité aurait reçu des messages insultants sur son téléphone après que la convocation de Ravo Ramasomanana a été publiée sur Facebook. À la suite de cela, Ravo Ramasomanana a également été inculpé d’actes et manœuvres de nature à compromettre la sécurité publique ou à occasionner des troubles politiques graves ou à provoquer la haine du gouvernement ou à inciter à enfreindre les lois en vigueur du pays en vertu de l’article 91 du Code pénal malgache. Ce lanceur d’alerte se retrouve ainsi sous le coup de plusieurs accusations et risque de lourdes peines.

La société civile rappelle que les lanceurs d’alerte sont un maillon essentiel pour la promotion des droits humains, l’état de droit, l’exercice de la transparence, de l’obligation de rendre des comptes, de la lutte contre la corruption et de la justice sociale. Or, la situation des lanceurs d’alerte de Madagascar demeure extrêmement dangereuse. Rendus vulnérables, exposés à des représailles et des pressions multiples avec des impacts psychologiques tant sur leurs personnes que sur leurs proches, les lanceurs d’alerte font face à une vague d’intimidation et risquent souvent une procédure abusive en diffamation. Dans l’exercice du droit d’informer et d’être informé et du droit des citoyens à la vérité, les lanceurs d’alerte jouent un rôle crucial. Ils sont indispensables pour susciter un débat éclairé au sein de l’opinion publique, ils sont cruciaux dans l’ouverture d’une investigation journalistique et nécessaires pour interpeller les décideurs, soutient la société civile. Pourtant plusieurs lanceurs d’alerte comme Raleva, Clovis Razafimalala, Jean-Louis Bérard, Thomas Razafindremaka ont été soumis ces dernières années à des actes de harcèlement, d’intimidation et à des attaques de la part des autorités, malgré leurs contribution à la révélation et à la dénonciation de graves faits de corruption présumée et d’atteinte aux droits humains.



Source link

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *