Chronique de Mickey – Midi Madagasikara


« C’était un 22 novembre de l’année 1963 »

La télévision n’existait pas encore à Madagascar mais la radio grâce aux « opérations transistor » initiées par la première république était présente dans beaucoup de foyers, de toutes les façons par effet de snobisme ou par altruisme, ceux qui n’en avaient pas, car on mettait le volume à un niveau d’intensité élevé à réveiller les morts.

Ce matin –là ce fut la consternation dans tous les quartiers, du moins dans les grandes villes, juste après le « jingle », bien familier de tous les auditeurs de la Radio  Madagasikara, le speaker de service a annoncé presque à répétition « Le Président John Kennedy a été assassiné ». Après la surprise générale vint la tristesse en repensant aux photos du beau couple que chacun n’a pas manqué d’admirer dans les magazines jaunies peut-être mais étalées ou même placardées sur les murs pour une durée indéterminée. Lui, bel homme à la raie des cheveux bien connue et elle, visage de star plus gracieux  que les minois des vedettes de cinéma. C’était l’Amérique pays du western où, bien que le bien soit terrassé un moment par le mal, il viendra  toujours dans l’esprit de tous que le bon arrivera un jour, par triompher du méchant. Image d’Epinal diriez-vous ? Et pourtant !

En ces temps là, tout était à l’image de l’Amérique triomphante. Le bon, le bien, le beau, le fort, l’intelligent ne peut être qu’américain. Même chez nous, les belles voitures américaines paradaient en ville, même les gamins admiraient et connaissaient les « Studbakers, les Impalas, les Chevrolets et autres » et les voulaient en modèles réduits (1/43) « Dinky toys ». Adolescents, ils n’avaient à lire que les bandes dessinées où les « Bleck le roc » décimaient les affreux « tuniques rouges » (horribles colonisateurs anglais), où les « Davy Crokets»  massacraient les « peaux-rouges ». Jeunes, on se pressait dans les salles de cinéma voir les John Wayne, les OSS 117, les James Bond et autres écrasaient les uns à la suite des autres, les vils communistes, les Nazis, les Viêt-Cong, les arabes musulmans, les noirs sauvages, les Japonais et les Chinois etc..  qui étaient aussi laids que sans cœur. C’était le manichéisme sans fard, d’un côté les bons et de l’autre les méchants. C’est bien plus tard que nous avions eu connaissance de ce qu’on appelle « L’impérialisme culture ». Joug,  que nous avons du mal à nous défaire  même en 2021.

M.Ranarivao





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