Pharmacies contre dépôts de médicaments


Après d’âpres débats, hier, les députés ont finalement décidé d’ajourner l’adoption du vote de la proposition de loi concernant la situation des dépôts de médicaments. Sauf changement, le sujet reviendra toutefois au menu durant les prochains jours de cette session.

Ce n’est que partie remise. Cette expression résume le sentiment d’une partie des députés qui ont pris part à la séance plénière concernant la proposition de loi modifiant le code de la santé, hier, à l’Assemblée nationale, à Tsimbazaza. Un texte dont le vote a été finalement ajourné après près de cinq heures de débats.

La proposition de loi initiée par le député Jean Eugène Voninahitsy a amené une levée de bouclier de la part de l’Ordre des pharmaciens. Le texte veut établir une cohabitation entre les pharmacies et les dépôts de médicaments. Au regard de la rudesse des débats d’hier, le sujet est d’un grand intérêt pour plusieurs élus.

Outre la cérémonie d’ouverture de la session, cette séance plénière est celle qui a vu la plus grande affluence de participants, jusqu’ici. Près d’une quarantaine de députés étaient présents.

De prime abord, des parlementaires ont attendu de pied ferme ce rendez-vous pour répliquer à la sortie médiatique de l’Ordre des pharmaciens, mardi. Contestant la proposition de loi du député de Morafe­nobe, cette organisation a demandé un ajournement du vote du texte et une table ronde inclusive au préalable. Le code de la santé dispose que tout dépôt de médicaments se trouvant dans un rayon de dix kilomètres d’une pharmacie doit cesser ses activités.

Cette disposition s’applique même lorsqu’une officine s’installe dans une localité où un ou des dépôts de médicaments étaient présents avant elle. La proposition de loi du député Voninahitsy veut changer cette configuration.

« Tout dépôt de médicament déjà établi sur les lieux demeure fonctionnel et continue d’exercer de plein droit sous réserve des dispositions légales et réglementaires en vigueur », est la modification apportée par le texte porté par l’élu de Morafenobe.

L’issue des débats d’hier indique que le lobbying de l’Ordre des pharmaciens a obtenu le résultat escompté. Plusieurs députés ont prévenu, cependant, « nous acceptons l’ajournement, mais nous n’accepterons jamais la suppression des dépôts de médicaments ». Les élus favorables à la proposition de loi du député de Morafenobe mettent l’accent sur « l’importance des dépôts de médicaments pour l’accès aux médicaments dans les zones rurales ».

Contestation

La députée Marie Laurette Vohanginirinaza­fimandimby, élue à Isandra, fulmine, « contrairement aux pharmacies, les habitants des circonscriptions rurales peuvent s’arranger avec les tenanciers des dépôts de médicaments pour acheter des médicaments à crédit ». D’autres élus ont mis l’accent sur l’insuffisance du nombre des pharmacies.

Hier, à Tsimbazaza, il a été dit que les officines sont entre deux cent soixante et deux cent soixante dix dans tout le pays. Les dépôts de médicaments, eux, seraient au nombre de mille sept cents environ.

« Sans les dépôts de médicaments, les citoyens de plusieurs communes de nos circonscriptions n’auront pas accès aux médicaments », arguent-ils. Bétonnant l’exposé des motifs de la proposition de loi du député Voni­nahitsy, certains de ses pairs soutiennent que ce serait injuste, que des tenanciers de dépôt de médicaments depuis dix, vingt, ou même trente ans dans certaines localités, soient obligés de cesser leur activité du jour au lendemain.

« Cessons avec les jeux de mots. Dans les circonscriptions rurales, déménager à plus de dix kilomètres équivaut à fermer ses portes », peste le député Charlot Mamihaja, élu à Mananjary. Cash, il vilipende, « soyons francs, le fond du débat est une question de profit », laissant entendre que les pharmaciens appréhenderaient la concurrence des dépôts de médicaments. « Personne ne s’oppose à l’installation de pharmacie dans sa circonscription, mais il faut tenir compte de l’importance des dépôts de médicaments pour les habitants du monde rural », ajoute-t-il.

Dans la ferveur des débats, des membres du groupe parlementaire majoritaire ont même contesté la position affirmée par leur chef de file. Le député Paul Bert Velontsara, président du groupe IRD, au nom de son groupe parlementaire, a demandé l’ajournement du vote du texte. Une position qui n’a pas fait l’unanimité. Il a alors requis une suspension de séance, pour lui permettre de convaincre ses pairs, vraisemblablement.

À la reprise, après une heure de pause déjeuner, tous les élus présents dans la salle de séance ont accepté l’ajour­nement demandé par l’élu de Boriziny. À entendre les débats d’hier, cet ajournement était nécessaire afin que tous les protagonistes comprennent la portée de la proposition de loi.

Certains pensent en effet qu’il s’agit d’aligner les dépôts de médicaments au même rang que les pharmacies. D’autres, qu’il y aurait une intention de les interdire. Il a été révélé, hier, que seuls trois députés ont pris part aux travaux de commission sur le texte.

Toutes les discussions d’hier devaient pourtant avoir été soulevées en commission. C’est durant les travaux de commission que doivent également s’effectuer les consultations élargies de toutes les parties prenantes. La plupart des députés présents hier semblent néanmoins avoir déjà pris leur décision. Comme ils l’ont martelé, ce n’est que partie remise.



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