Madagascar au cœur des débats sur le changement climatique


La Grande île fait entendre sa voix et ses revendications au sommet mondial sur les changements climatiques. Elle plaide, notamment, pour une accélération de la mobilisation des moyens pour soutenir la transition climatique en Afrique.

«Il faut agir maintenant». Des mots dits avec détermination par Andry Rajoelina, président de la République, durant ses prises de parole à la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 26), à Glasgow, en Ecosse.

Le Chef de l’État a annoncé la couleur durant sa rencontre avec le corps diplomatique et les représentants des Partenaires techniques et financiers (PTF), au palais d’État d’Iavoloha, en octobre. Madagascar compte faire entendre sa voix durant ce sommet sur le climat. Et c’est le cas.

Que ce soit durant la réunion sur thème «Action and solidarity -the critical decade», lundi, durant les rencontres en cercle restreint, ou à la tribune de la conférence mondiale, le président Rajoelina, portant la voix de la Grande île et parlant au nom de l’Afrique a martelé son appel à une action immédiate pour contrer les changements climatiques.

«Il faut agir maintenant et c’est ici, à Glasgow que cela doit être acté. Un seul mot, un seul geste, la volonté suivie d’actions changera les choses (… ) L’échec n’est pas une option, nous devons réussir, pour nous, pour notre nation, pour notre monde. La terre qui nous a tout donné nous demande, aujourd’hui, de la sauver. Sauvons notre planète», déclare le locataire d’Iavoloha, à la tribune de la COP 26, hier. Pour l’occasion, il a arboré une cravate verte. «C’est un clin d’œil à la cause écologique et au drapeau national», selon une source présente à Glasgow.

La COP 26 est une occasion de parler, les yeux dans les yeux, avec les décideurs des puissances mondiales. Et la délégation malgache n’a pas boudé cette occasion pour se faire entendre. Par le biais du Chef de l’État, Madagascar a mis l’accent sur l’urgence de la situation.

Injustice climatique

Andry Rajoelina a souligné que dans le Sud du pays, plus d’un million trois cent mille personnes subissent déjà, quotidiennement, les affres des changements climatiques. À cause de la sécheresse qui gagne du terrain et dure plus longtemps que les années précédentes des milliers de famille se trouvent en situation «de détresse alimentaire».

«Mes compatriotes endurent le tribut d’une crise climatique à laquelle ils n’ont pas participé», affirme le locataire d’Iavoloha. Pour Mada­gascar, il s’agit d’une «injustice climatique». Face aux décideurs et activistes écologiques réunis à Glasgow, le Président a, toutefois, mis en avant le fait que son administration s’active pour lutter contre les conséquences du bouleversement climatique avec les moyens à sa disposition. Quelques points du Plan émergence du Sud ont, notamment, été soulevés dans ses prises de parole.

C’est le cas de la construction d’un pipeline pour approvisionner en eau le Deep-south.

L’appui au Plan émergence du Sud a, justement, été au centre des échanges entre Andry Rajoelina et VIcky Ford, ministre des Affaires africaines du Royaume-Uni, en marge du sommet, hier. La lutte contre la déforestation est, par ailleurs, le sujet central des discussions durant cette deuxième journée de la COP 26. Parlant de la situation en Afrique, et la réalité à Madagascar, en particulier, le président de la République déplore que le principal danger pour les forêts de la Grande île et du continent noir est l’utilisation du bois de chauffe et du charbon de bois.

Rien qu’à Madagascar, la grande majorité des familles utilisent encore le charbon de bois pour leurs besoins ménagers. «Pour obtenir 10 kilos de charbon, il faut pourtant 100 kilos de bois, soit un hectare par famille, chaque année», indique Andry Rajoelina. Pour l’ensemble du continent africain, il affirme que près 4 millions d’hectares de forêt, par an, sont transformés en charbon.

«Nos forêts sont les poumons de notre planète. Ce patrimoine mondial est aujourd’hui, en voie de disparition. Il faut agir aujourd’hui, pas demain, ni attendre 2030 [en référence à l’agenda des Objectifs de développement durable (ODD)]», plaide alors le locataire d’Iavoloha. Comme solution, Madagascar avance alors une nécessaire transition énergétique en Afrique. Une des options est le remplacement du bois de chauffe et du charbon de bois par le bioéthanol et le biogaz.

Andry Rajoelina concède, toutefois, qu’une transition énergétique ne peut pas se faire sans l’appui financier et un accompagnement technique à la hauteur des défis et l’urgence de la lutte contre les changements climatiques. Rien que pour Madagascar, le coût pour la production et la vulgarisation du bioéthanol et du biogaz est estimé à 100 millions de dollars. Aussi, au nom de l’ensemble du continent, le président Rajoelina demande que les géants mondiaux accélèrent la mobilisation des 100 milliards de dollars actés dans l’accord de Paris, en 2015. Une promesse faite par ces derniers pour compenser «l’injustice climatique», subi par les nations africaines.

Ces 100 milliards, qui devaient être entièrement décaissés en 2020, devaient servir à financer des projets de transformation énergétique et de lutte contre le bouleversement climatique en Afrique. Seulement, jusqu’ici, les paroles sont loin d’être suivies d’actes. Les discours des leaders des États membres du G20, à la COP 26 laissent perplexes. Les dirigeants des Etats parmi les plus gros pollueurs n’y ont même pas pris part. Déterminé, Andry Rajoelina a, toutefois, martelé, «il faut agir ici et maintenant».



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