À Madagascar, la déforestation cristallise les maux du pays



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Lundi 2 et mardi 3 novembre, à l’occasion de la COP26 à Glasgow, le président malgache a rappelé à quel point la déforestation gagnait du terrain sur la Grande Île. Depuis l’indépendance en 1960, 100 000 hectares de forêt primaire partent en fumée chaque année, soit l’équivalent de dix fois la superficie de la ville de Paris. Cette déforestation pourrait être freinée, expliquent les spécialistes, à condition que les textes en vigueur soient enfin véritablement appliqués.

Avec notre correspondante à Madagascar, Sarah Tétaud

Sécheresse, tarissement des sources, migration des personnes… À Madagascar, la déforestation des forêts naturelles est à la fois cause et conséquence du changement climatique. Elle est aussi, avant tout, liée à un problème de pauvreté, explique Ndranto Razakamanarina, spécialiste des forêts et président de l’Alliance Voahary Gasy, une plateforme réunissant 30 organisations de la société civile qui œuvre pour la protection de la biodiversité :

« Un problème de pauvreté, parce que ce sont des zones enclavées, où il y a un manque d’infrastructures de base et de projet de développement de l’État. À cette pauvreté s’ajoute, ces dix dernières années, des gens mal intentionnés, qui commanditent des actions de défrichement de ces forêts naturelles auprès de ces populations vulnérables. Donc ces gens-là pratiquent ce qu’on appelle la haute corruption, c’est-à-dire qu’ils sont suffisamment puissants et connectés pour réussir à corrompre des personnalités haut placées. »

Pourtant, des lois et codes existent. Les différentes législations forestières, mises à jour dans les années 2000, prévoient de lourdes sanctions pour les fossoyeurs des forêts. En cas de « crime environnemental », la peine varie de cinq ans d’emprisonnement à des travaux forcés à perpétuité. Seulement, jusqu’à présent, jamais personne n’a été condamné pour une telle infraction, malgré les flagrants délits enregistrés.

« Les malfaiteurs sont régulièrement arrêtés, et nous-mêmes, au niveau de l’Alliance Voary Gasy, on travaille avec l’administration, le ministère de l’Environnement, la justice, la gendarmerie, pour agir sur des cas de flagrants délits, on suit toutes les procédures judiciaires jusqu’à l’application des sanctions, explique le spécialiste. Mais pour nous, le vrai problème, c’est au niveau de la justice. Parce que ces trafiquants sont relaxés, quasi-systématiquement ou écopent seulement de peines mineures. »

Si la protection de l’environnement a toujours été présentée comme une priorité par le chef de l’État, et ce depuis sa campagne présidentielle en 2018 jusqu’à ses prises de parole à la COP26, dans la pratique, le financement du secteur environnement récolte chaque année moins de 1 % du budget national de l’État. Plusieurs plaidoyers ont été menés ces derniers mois par la société civile pour demander à ce que les budgets soient augmentés. Les défenseurs des ressources naturelles du pays comptent désormais sur le projet de loi de finances 2022 pour rectifier le tir. Celui-ci n’a toujours pas été rendu public.

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Madagascar crie famine, rappelle Rajoelina à la COP26

S’exprimant lors de la conférence des chefs d’État de la COP26 à Glasgow, le président malgache Andry Rajoelina a lui aussi appelé les pays riches à l’action. Il a rappelé la situation catastrophique au sud de Madagascar, où la famine menace 1,3 million de personnes, faute de pluie.

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