Mandat d’arrêt international émis contre Ravelonarivo


La Justice prépare un mandat d’arrêt international contre l’ancien Premier ministre Jean Ravelonarivo. Sous la coupe d’une condamnation pour malversation financière, le général retraité est en fuite à l’étranger.

U ne étape prévisible. Après la fuite du général retraité Jean Ravelonarivo, ancien Premier ministre, la réaction de la Justice est prévisible. Selon Solofohery Razafindrakoto, procureur du second degré du Pôle anticorruption (PAC), d’Antana­narivo, un mandat d’arrêt international sera nécessairement publié à l’encontre de l’ancien chef du gouvernement.

« Le week-end a un peu retardé notre réaction, mais nous y travaillons et le mandat d’arrêt international sera émis au plus vit e», ajoute le procureur Razafindrakoto. Ayant désormais le statut de fugitif, la fuite en France, sauf changement, de l’ancien locataire de Mahazoarivo a été révélée par un article publié sur site de Mayotte 1ère, samedi. Ce n’est qu’une fois contactée par la presse que le responsable de la juridiction anti-corruption a pris connaissance des faits.

Selon la publication de Mayotte 1ère, l’ancien Premier ministre est arrivé dans l’île française le 16 octobre, à bord d’une petite embarcation motorisée et a pris l’avion pour Paris, le 22 octobre.

Les dernières informations chuchotées par quelques indiscrétions convergent vers le fait que la porte de sortie de Jean Ravelonarivo est l’île de Nosy Be. Happé par l’affaire de malversations financières au sein de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNaPS), le général retraité Ravelonarivo a été condamné à cinq ans de prison ferme, assorti d’une amende de 100 millions d’ariary.

Ce verdict a été rendu par le PAC d’Antananarivo, le 27 septembre. Absent lors du procès, un mandat d’arrêt à l’audience a été émis contre l’ancien chef du gouvernement. Aussi, le fait qu’il a pu quitter le pays au nez et à la barbe des autorités intrigue donc. La thèse est que l’ancien locataire de Mahazoarivo aurait rejoint Nosy Be par la route sans rencontrer aucun obstacle, ni de contrôle donc.

Durant près d’un mois après le prononcé de sa condamnation et son mandat d’arrêt, par ailleurs, Jean Ravelonarivo n’a, visiblement, pas été inquiété. Le procureur de la juridiction de second degré du PAC d’Antananarivo explique que comme le fugitif a été jugé par défaut, car absent durant le procès, il fallait lui notifier sa condamnation et son mandat d’arrêt avant de pouvoir l’appréhender. En principe, c’est l’entité qui a procédé à l’enquête qui est chargée d’exécuter la décision judiciaire, en l’occurrence, le Bureau indépendant anti-corruption (BIANCO).

Inégalité

Depuis le 27 septembre au 16 octobre donc, les limiers du BIANCO n’auraient alors pas pu débusquer l’ancien Premier ministre, à s’en tenir aux explications du procureur du PAC d’Antananarivo. Outre les failles du système judiciaire et de sécurité, cette énième fuite d’une personnalité révèle l’inégalité devant la répression des délits et crimes. L’affaire de la CNaPS concerne des malversations financières autour de la construction du complexe sportif et hôtelier sis à Vontovorona.

D’un montant total cent vingt-deux milliards d’aria­ry, l’entreprise de Jean Ravelonarivo serait l’unique bénéficiaire de ce marché.

Sept personnes ont été condamnées par le PAC d’Antananarivo. Outre l’ancien Premier ministre, il y a aussi Raoul Rabekoto, président de la Fédération malga­che de football (FMF), direc­teur général de la CNaPS au mo­ment des faits. Alors que le dossier était encore au stade d’enquête et soumis à une interdiction de sortie du territoire (IST), l’ancien boss de la CNaPS a pris la fuite pour l’Europe, en février 2020. Il a emprunté le même itinéraire que Jean Ravelonarivo.

Principal coaccusé dans cette affaire, l’ancien chef du gouvernement a bénéficié d’un placement sous contrôle judiciaire, à l’issue d’une comparution devant le juge d’instruction, le 29 février 2020. Une décision contestée même au sein du PAC, d’autant plus que d’autres complices avaient été placés sous mandat de dépôt en attendant leur jugement.

Soulevant la gravité des charges, le procureur du PAC a fait opposition à la décision du juge d’instruction immédiatement après la comparution du 29 février 2020. Il a demandé le placement en détention préventive de tous les accusés, dont le général Ravelonarivo, mais en vain.

Outre la gravité des faits, le placement en détention provisoire peut, également, être motivé par le risque que l’accusé puisse prendre la poudre d’escampette. Ce qui est le cas dans ce cas de figure. Une situation qui amène à penser que seuls les petits poissons croupissent en prison. « Les compétences du PAC sont restreintes par la loi. S’agissant du déclenchement d’une enquête sur les circonstances de la fuite de l’ancien Premier ministre, cela revient à d’autres entités », indique le procureur Razafindrakoto, du reste.

Au motif que le dossier est délicat, d’autres responsables au sein du système judiciaire ont refusé de se prononcer sur le sujet. Pour en revenir au mandat d’arrêt international qui sera émis contre le général retraité, cela risque de n’être que pour la forme.

Selon des sources judiciaires, bien qu’il y ait un accord de coopération judiciaire entre Madagascar et la France, jusqu’ici, aucune demande d’extradition faite auprès des autorités françaises n’a abouti. Aujourd’hui, le ministre de la Justice recevra l’ambassadeur de France pour une visite de courtoisie. Ça pourrait être une occasion d’aborder ce sujet troublant.



Source link

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *