Proposition de loi – Les évêques catholiques fustigent l’ITG


Les évêques de Madagascar adressent une lettre ouverte aux parlementaires. Dans cette missive, les prélats de l’Église catholique clouent au pilori la proposition de loi sur l’ITG.

Le droit à la vie. C’est le principal argument mis en avant par les évêques de Madagascar pour affirmer leur opposition à la proposition de loi sur l’Inter­ruption thérapeutique de grossesse (ITG). Une objection qu’ils ont affirmée dans une lettre ouverte adressée aux députés et aux sénateurs, ceux qui seront amenés à débattre et voter le texte.

« La vie est au-dessus de tout, au-dessus de l’économie et de la loi », affirment les évêques de Madagascar dans leur lettre ouverte. Les prélats sont particulièrement virulents dans leur opposition à la proposition de loi initiée par la députée Masy Goulamaly. Utilisant sans ambages le terme avortement, ils soutiennent nous ne devrions pas nous laisser influencer par la terminologie qui est un moyen pour l’occident de faire passer des idées destructrices au nom du développement.

Toujours sur un ton cash, les évêques avancent que cette proposition de loi donne l’autorisation à la mère de tuer son enfant. Ils partent du postulat que le foetus est déjà considéré comme une personne. Qu’aussi, il est du devoir des parlementaires, également, de parler pour eux. Pour bétonner leurs arguments, les prélats invoquent, du reste, la morale, les mœurs de la société malgache et l’éthique.

La position affirmée par les évêques de l’Église catholique est prévisible. Même dans les pays occidentaux, le Vatican s’est toujours opposé au droit à l’interruption de grossesse quel que soit le motif. C’est la virulence du ton et des mots utilisés dans la lettre ouverte qui intriguent, toutefois. Cette posture pourrait être due au fait que c’est la deuxième fois que la question de l’ITG sera débattue au Parlement.

Comme les évêques le rappellent, eux-mêmes, l’autorisation de l’ITG a déjà été à l’affiche au Parlement, en 2017. Elle a été inscrite dans le projet de loi sur le planning familial. L’Assemblée nationale et le Sénat ont, cependant, décidé d’extirper la partie sur l’ITG de ce texte. Et la pression de l’Église a été pour beaucoup dans cette décision. Bien que le projet de loi ait été initié par l’Exécutif, à l’époque, ce dernier s’est tu, après que l’Égli­se soit entrée dans le débat.

Portée politique

« Pourquoi ce sujet revient-t-il sur le tapis? Allons-nous instaurer une société acceptant la culture de la mort? », s’interrogent les évêques, toujours sur un ton direct et acerbe. « Ils ont totalement ignoré le volet thérapeutique de l’ITG », se désole une activiste du droit de la femme. L’esprit de la proposition de loi est de donner le choix à la femme, aux parents.

La proposition de loi portée par la députée Masy Goulamaly prévoit que l’ITG soit autorisée si, sur avis médical, il est démontré que la grossesse présente un danger sur la vie de la mère.

Le texte veut, aussi, inscrire comme option l’interruption de grossesse dans les cas où une malformation congénitale, ou une maladie grave incurable est diagnostiquée chez le fœtus. Sur avis médical et sur autorisation judiciaire, la proposition de loi veut, également, permettre l’ITG aux victimes de viol ou d’inceste. Depuis son dépôt officiel à l’Assemblée nationale, le texte sur l’ITG entraîne de vifs débats.

La députée Ny Aina Rafenomanantsoa, issue du groupe parlementaire IRD, majorité à l’Assemblée nationale, est la première à avoir déclaré publiquement son opposition à la proposition de loi. L’élue du troisième arrondissement d’Antanana­rivo martèle que c’est une porte ouverte à la vulgarisation de l’avortement. Une affirmation que refute for­mellement les défenseurs de l’ITG. Pour l’heure, le texte est entre les mains de l’Exécutif pour qu’il fasse son observation.

Le débat sur l’ITG ne devrait animer les deux Chambres parlementaires qu’une fois la proposition de loi inscrite à l’ordre du jour, après observation du gouvernement. Les débats actuels indiquent que les débats auront une portée politique. En ouverture de la session, mardi, Christine Razanamahasoa, présidente de l’Assemblée nationale, a prédit que sur certains sujets, les débats seront musclés.

Même au sein du groupe IRD et du groupe parlementaire pour la République (GPR), dont fait partie la députée Masy Goulamaly, les avis sont partagés. A l’instar du député Fetra Rako­tondrasoa, du groupe IRD, des élus veulent une consultation large sur l’ITG. L’Exécutif, pour l’heure, ne s’est pas encore exprimé publiquement sur la question. L’entrée en jeu de l’Eglise catholique devrait renforcer la dimension politique des débats. En 2017, il s’est dit en coulisse, en effet, que le sujet pouvait coûter leur réélection aux tenants du pouvoir de l’époque.

Dans les débats sur l’ITG, depuis quelques jours, des voix s’élèvent pour rappeler la laïcité de l’Etat, en réponse aux arguments basés sur la religion. Seulement, aucun acteur politique ne peut se permettre de renier le poids et l’influence de la religion dans le jeu politique à Madagascar, surtout des confessions au sein du Conseil des églises chrétiennes de Madagascar (FFKM).

En réponse à la lettre ouverte des évêques, certains au sein de l’opinion publique avancent, toutefois, que pour montrer l’exemple dans le respect du droit à la vie et l’égalité de tous les enfants de Dieu. Elle soutient que l’Eglise catholique devrait commencer par ne plus stigmatiser et accepter le baptême des enfants nés hors mariages, notamment, ceux qui naissent suite à des actes de viol, incestes.



Source link

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *