Financement du secteur privé – Un microcosme en évolution


Le financement du secteur privé à Madagascar continue de susciter des débats passionnés. Si les uns notent une amélioration sensible de la situation, d’autres pointent toujours du doigt les difficultés des entreprises à financer leur développement. Certains estiment, en outre, que le nombre de structures de financement n’est pas encore suffisant et que les banques se distinguent encore par leur frilosité.

POUR la majorité des entreprises, le financement du secteur privé rime toujours avec prêt bancaire. Et selon la Banque Centrale de Madagascar qui a publié, au mois de juillet, le rapport sur l’Enquête de conjoncture économique (ECE), les crédits bancaires sur l’économie durant le deuxième trimestre 2021 ont connu une progression de 4,5% après une contraction enregistrée sur le trimestre précédent qui s’est traduit par un accroissement de 2,4% depuis le début de l’année. Leur glissement annuel s’est alors situé à 13,9% fin juin 2021 dont 10 points de pourcentage issus de la dynamique des crédits à moyen et long termes.

S’agissant des taux sur les opérations de crédits octroyés par les banques, leurs évolutions ont cependant affiché une diminution. La modification des taux du corridor au mois de mai n’a pas encore eu une incidence sur les conditions de crédit bancaire. « Au deuxième trimestre de 2021, les banques ont poursuivi le relâchement de leurs conditions des prêts. Son TMP (taux moyen pondéré) global a atteint le minimum enregistré depuis 2020, soit 13,09 pour cent en juin 2021 », indique-t-on pourtant.

Cette évolution a été surtout tirée par le fléchissement des taux des crédits à court terme (-0,36 point), parmi lesquels les crédits garantis par des marchandises et par des produits, ainsi que les découverts y ont fortement contribué. Concernant les prêts à moyen terme, leurs taux ont également diminué. En effet, une baisse de -0,19 point a été relevée entre mars et juin. Ce sont notamment les crédits d’équipement aux entreprises qui ont bénéficié de cette mesure d’assouplissement.

Toutefois, les patrons d’entreprise ne sont pas rares à estimer que la situation ne leur est pas encore favorable. Si ces derniers saluent cette légère baisse du taux d’intérêt, ils sont encore nombreux à déplorer «les difficultés multiformes pour contracter un emprunt bancaire».

Les structures de capital investissement se positionnent

Depuis plus de dix ans, le secteur du capital-investissement s’étoffe peu à peu. Une situation qui n’est pas pour déplaire aux entreprises déjà en activité et les nouveaux entrepreneurs. Cependant, force est de remarquer que les entreprises qui profitent des capitaux de ces véhicules de financement ne sont pas encore nombreuses. Un constat que reconnait de l’AMIC (Association malagasy des investisseurs en capital). Cette dernière ajoute toutefois que « nous sommes sur une tendance croissante » et que le nombre de sociétés de capital-investissement va incontestablement augmenter dans les prochaines années.

Rappelons qu’au mois de juillet, le nouveau conseil d’administration de l’AMIC a rendu publique la constitution de son nouveau bureau. La présidence est désormais assurée par Mialy Ranaivoson, représentante d’Investisseurs & Partenaires (I&P), groupe pionnier de l’investissement d’impact fondé en 2002, engagé auprès des petites et moyennes entreprises en Afrique subsaharienne et à Madagascar.

Mialy Ranaivoson succède ainsi à Geoffrey Tassinari, de la société Madagascar Development Partners. Geoffrey Tassinari fait partie des fondateurs de l’association et en a d’ailleurs été le président depuis sa création en 2007. La nouvelle présidente est épaulée dans sa mission par un nouveau bureau composé de Lanto Rabarijaona de la Sonapar (Société nationale de participation) en tant que vice-président, d’Emmanuel Cotsoyannis de Miarakap en tant que secrétaire, et de Tojo Rakotozafy d’Adenia Partners en tant que trésorier. Le conseil d’administration de l’association a, par ailleurs, été renouvelé par la même occasion, et est désormais composé d’I&P, Sonapar, Miarakap, Adenia Partners, Fiaro et Solidis Capital.

Dans la continuité de ce qui a déjà été réalisé, le nouveau bureau se veut être au service de ses membres à travers quatre piliers que sont le plaidoyer pour la cause de l’entrepreneuriat, des impacts et apports du secteur de l’investissement en capital au niveau de l’économie malgache, le développement et l’entretien d’un réseau afin de favoriser les échanges de bonnes pratiques, d’expérience et d’opportunités d’affaires, le développement de l’expertise des membres et des parties prenan­tes et, enfin, la participation aux activités pour l’amélioration du climat des affaires et une meilleure attractivité du pays pour l’investissement.

Pour rappel, l’AMIC a été créée il y a quatorze ans par six membres. L’asso­ciation compte aujourd’hui dix membres, acteurs du secteur à Madagascar. Les membres représentent collectivement un portefeuille d’investissement à Madagascar de plus de 400 millions USD. Le principal outil d’investissement demeure la prise de partici­pation, sur une durée limitée, dans des entreprises à Mada­gascar par la souscription d’actions et par des prêts d’investissement.

Les start-up peuvent espérer

C’est à travers un communiqué très enthousiaste que cette structure a annoncé cette année le « gros coup de boost » donné à Smart Predict qui obtient un financement seed de 650 000 euros, venant s’ajouter aux 400 000 euros déjà mobilisés fin 2020 par la start-up spécialisée dans l’Intelligence Artificielle (IA) auprès de Miarakap et d’Investisseurs e t Partenaires (I&P) – I&P Accélération Technologies.

Miarakap est connu comme étant un fonds d’investissement à impact dédié au financement des PME et des start-up à Madagascar. Et pour cette structure, l’exemple de Smart Predict prouve que le secteur du financement des initiatives privées se développe à Madagascar.

Même son de cloche du côté du Groupe Axian qui soutient que les lignes bougent du côté de l’accompagnement financier et technique des entreprises innovantes. En plus de son entrée au tour de table de nombreux fonds d’investissement opérant à Madagascar et en Afrique, le groupe à lancé il y a trois ans Next A, une plateforme qui a vocation de rassembler en un même lieu l’écosystème de l’innovation afin de renforcer le tissu entrepreneurial national.

Chez Sonapar, qui est la plus vieille structure opérant dans le financement du secteur privé à Madagascar, on multiplie aussi les projets. Dernièrement, elle a annoncé avoir été choisie en tant que pilote du projet « Zone industrielle à Moramanga » en partenariat avec Mauritius Africa Fund. Cette zone industrielle est prévue s’étaler sur 80 hectares de terrain et ambitionne de donner un nouveau souffle au secteur industriel malgache. Sonapar fête cette année ses trente ans et note qu’elle propose aux entreprises des offres adaptées, en matière d’intervention directe (financement en fonds propres et en quasi-fonds propres) ou indirecte, par l’intermédiaire des programmes dans lesquels elle est partie prenante. Il est aussi désormais possible d’effectuer le dépôt de dossier en ligne pour les demandes de financement ou de discuter à distance avec son équipe pour de plus amples explications.

Le Malagasy Investment Club (Maic), initié par Thierry Rajaona, l’actuel patron des patrons, et quelques amis de la communauté des affaires du pays, affirme aussi apporter sa brique à l’édifice. Le Maic se positionne comme une alternative dans un contexte où l’accès au financement constitue encore l’un des problèmes majeurs soulevés de manière récurrente par les opérateurs économiques et, notamment, par les PME-PMI. En cause, le manque de garantie ou de fonds propres. Une étude de la Banque Mondiale confirme d’ailleurs que le secteur bancaire est toujours récalcitrant à prendre des risques et a surtout recours aux prêts garantis.

Quid du Plan d’action national pour les investissements

Si les acteurs s’accordent sur le fait que l’avenir économique du pays doit passer par des investissements privés conséquents, on note toujours que l’environnement est encore loin d’être propice. Et les autorités semblent être conscientes de cette faille car elles ont décidé d’élaborer un Plan d’action national pour les investissements à Madagascar.

En septembre dernier, le projet a été présenté par une délégation de l’Economic Development Board de Madagascar (EDBM) à l’ambassadeur de l’Union Européenne (UE) à Madagascar, Giovanni Di Girolamo. Il est ressorti de cette rencontre que le document est élaboré dans le cadre du projet régional SIBE (Support to Investment and Business Environment) financé par l’UE à travers la SADC, afin de favoriser les investissements privés sur la Grande Ile.

«Dans le contexte de la pandémie de Covid et face aux besoins de relance économique du pays, il est essentiel que Madagascar renforce sa compétitivité et son attractivité en matière d’investissements privés, aux niveaux régional et international. Un constat partagé aussi bien par le milieu des affaires que la société civile », soutient-on.

« Fort de son positionnement en interface entre la Présidence, l’administration publique et le secteur privé, l’EDBM est l’organisme idéal pour mener à bien les consultations nécessaires dans le cadre du dialogue public-privé, indispensable pour garantir la pertinence et l’efficacité du travail de priorisation des actions à mener », ajoute-t-on.

En tout cas, les acteurs du secteur privé national sont impatients de connaitre dans les détails ce que comporte le Plan et espèrent que le volet financement des entreprises présente des actions concrètes afin que « nous puissions aller au-delà des discours ». Bref, les entreprises attendent des mesures claires qui répondent à leurs attentes déjà connues sur le plan financier. Ces dernières ont d’ailleurs salué l’engagement du ministère de l’Industrialisation, du commerce et de la consommation à apporter un soutien financier aux porteurs de projets dans le cadre de la mise en place des parcs industriels dans les régions.

Fihariana, pour élargir le tissu entrepreneurial

Le programme national pour l’entrepreneuriat « Fihariana » a été lancé officiellement en mai 2019 par le président de la République, Andry Rajoelina. Le projet s’adresse aux jeunes de 18 à 58 ans sur tout le territoire malgache pour leur insertion afin de transformer leurs idées d’entreprise en opportunité et ce, dans le but d’impulser un réel développement économique à travers tout le pays.

Fihariana, dont le secrétariat exécutif est piloté par Valérie Zafindravaka, garantit le financement de tout projet dans tous les secteurs, dans la création comme dans l’extension. Le dépôt des dossiers peut se faire notamment auprès des Chambres de commerce à travers l’île. Il dispose d’un fonds d’appui initial à hauteur de 200 milliards d’ariary octroyé par des partenaires financiers telle que la Société nationale de participations (Sonapar).

L’État se positionne comme le garant, mais les organismes prêteurs sont les établissements bancaires, BNI et BOA, qui accordent aux jeunes promoteurs de projets des prêts remboursables à des taux bonifiés. Les projets sélectionnés bénéficient d’un financement allant d’un million à 2 milliards d’ariary qui sont alloués dans un délai de quinze jours après leur validation.

Fihariana rappelle que ses actions s’inscrivent dans le cadre de la mise en œuvre de la Politique générale de l’État par la création d’emplois décents, la promotion des femmes et des jeunes, et l’émergence de petites industries.

Création d’un marché boursier

Pourquoi Madagascar patine ?

Devenu un véritable serpent de mer, le projet de mise sur pied d’un marché boursier à Madagascar peine à prendre forme. Certains se souviennent encore de la création de Madabourse au début des années 2000. Cette plateforme a été présentée comme un projet pilote précédant la mise en place effective d’un marché boursier dans le pays. Mais deux décennies plus tard, Madagascar n’est toujours pas parvenu à franchir le pas, contrairement à la vingtaine de pays africains qui dispose déjà de son marché.

Pour un observateur de longue date de la scène économique du pays, l’un des facteurs de blocage se trouve au sein même du secteur privé. « Rares sont les entreprises malgaches qui sont prêtes à jouer le jeu de la transparence, une exigence que les marchés boursiers appliquent pourtant avec rigueur », soutient-il.

Pour les experts de Fin Afrique qui se sont penchés récemment sur le sujet, la mise en place d’un marché boursier à Madagascar peut se faire progressivement en tenant compte des spécifi­cités socio-économico-culturelles du pays, ainsi que des besoins immédiats.

À noter que plusieurs institutions de Madagascar comme la Banque Centrale, le Trésor Public, le Fonds de portage et privatisation (FPP), etc. ont envoyé des techniciens pour participer au séminaire de formation, organisée par Fin Afrique, sur le marché financier, la notation financière et le marché obligataire. La création de bourse de valeurs, les mécanismes et les organes structurants de ce système figuraient parmi les sujets abordés lors de la formation.



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