Le rap identitaire transgressif et progressiste d’A.L.P – Midi Madagasikara


A.L.P apporte ce vent qui donnerait au rap malgache une direction plus en miroir au contexte social, du vrai rap enraciné, décapé et grave comme la situation du pays. De quoi faire rêver d’un renouveau du genre.    

Dans le rap tananarivien actuel, Loïc Alphano Razafintsalama, en deuxième année d’histoire à l’Université d’Antananarivo, pourrait incarner la cassure. Du haut de ses 20 ans, il remet dans la mire du regard conscient ce genre musical devenu le privilège des post-ados aux hormones instables. Dans sa musique s’installe en permanence cette fragilité et cette nonchalance de celui qui a trop vu. « Dans mon quartier, à Ambohimanarina, les embrouilles de quartier, la violence et la drogue, les règlements de compte sont fréquents et me sont familiers. Je ne sais pas ce qu’a vécu l’ancienne génération dans leur quartier. Mais ici, ce sont nos aînés qui nous ont inculqué cette manière de vivre », met-il en avant.

Du temps des rois, les « gars » d’Ambohimanarina avaient déjà la réputation d’être des durs. Puisque les grands noms du « diamanga », art martial traditionnel et ancêtre de la capoeira selon certains, venaient du quartier, déjà à cette époque. Ainsi, A.L.P chante « coups de couteau, coups de poings et sang … si tu veux me buter, soit sans pitié » dans son titre « Efitra ». Ou encore, ce dérangeant texte du morceau « Rue Raseta (Chap II) ». « A 17 ans, je sortais déjà tard la nuit et nous glandions dans le fokontany/Un lundi à 21h, deux gars ivres nous cherchaient des embrouilles/Pas d’hésitation, allons régler leur compte ! /Il faut détrousser tout ce qu’ils ont/J’ai retiré les chaussures de l’un d’eux avant de m’enfuir avec… mon adolescence a été remplie de violence/Alors mes pensées sont souvent sombres et nuageuses ». 

Voilà enfin quelqu’un qui assume sa réalité. Un rap nouveau à l’écoute. Avec ce qu’il y a de maturité technique textuelle retrouvée chez les anciens comme Da Hopp et compagnie, ces derniers étaient plutôt des idéalistes dans le discours. Là, A.L.P casse cette approche avec un réalisme transgressif. Il ne chante pas le « ghetto », il l’épluche. Sans le romantisme fantasmé du « bad boy » intransigeant et sectaire. Lui, il écoute du « kalon’ny fahiny », du zouk love, du « beko », du country, de la musique africaine… C’est un « processus d’évolution sociale où tout part en sucette, entre un pays en voie de développement, la pauvreté, la mondialisation, la culture et les traditions. Chacun prend ce qu’il veut selon ce qu’il croit et c’est toujours la future génération qui doit en payer le prix », regrette ce grand amateur de slam.

L’artiste réussit aussi à apporter ses lettres de noblesse au « trap », un pendant du rap, faisant penser à la fulgurance synthétique du « new wave » dans les années ’80. A Antananarivo, la guerre des générations a été symbolisée par deux rythmes : le « boom bap » et le « trap ». La vieille garde a tout essayé, prouvé et réussi avec leur style. Et cela fait déjà plus de trente ans. Nouveau-né de la culture hip-hop, le « trap » malgache semble manquer de consistance et de portée politique. Les jeunes rappeurs de la Capitale peinent à lui trouver une identité. « Pour ma part, j’estime qu’il faut bien poser les deux pieds et la vision des rappeurs ici. Et arrêter de faire des adaptations de la vie dans les HLM en France. Ici à Madagascar, il y a des choses qui se passent tous les jours qui ne sont pas dites alors, il faut les faire savoir », assène A.L.P.

Maminirina Rado





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