Les projets censés transformer Madagascar


Les projets mis en route ces dernières années semblent marquer la volonté de Madagascar d’accélérer la mise en place des infrastructures à caractère structurant. L’objectif annoncé par les autorités est de développer les potentialités des différentes régions et districts du pays sur de bonnes bases. Du réseau routier aux équipements énergétiques en passant par l’adduction en eau, les parcs industriels ou encore les nouvelles villes, les initiatives se multiplient. Sans oublier les investissements massifs pour instaurer l’inclusion numérique. Pour l’administration Rajoelina, le temps presse car la crise sanitaire a chamboulé son agenda.

Cette option de développement va immanquablement transformer le pays en un grand chantier pour les prochaines années. Et les travaux ont déjà commencé. La route menant vers le grenier à riz de la Grande île, la RN 44, est en voie d’achèvement. La réhabilitation de l’axe Ambilobe Vohémar (RN5A) avance. Le lancement des travaux de la RN6 connectant Ambanja à la ville d’Antsiranana (233 km, 235 millions de dollars de financement) a été procédé officiellement le 10 septembre dernier. Dans le Sud, la RN13, qui vise à désenclaver une bonne fois pour toute les régions Androy et Anosy, va être enfin bitumée. Mais ce qui anime le plus les discussions dans les chaumières est incontestablement le projet de construction d’une autoroute qui reliera la capitale à Toamasina.

En matière de télécommunications, Madagascar vient d’être connecté au câble Metiss, un projet financé par six acteurs de l’océan Indien et dont le leadership est assuré par Telma. Dans le secteur de l’électricité, la centrale hydroélectrique en construction à Farahantsana par la société Tozzi Green devrait être inaugurée prochainement. Il a été expliqué que l’injection au RIA (réseau interconnecté d’Antananarivo) de la production de la centrale va être effectuée incessamment. La nouvelle infrastructure est prévue pour renforcer l’alimentation en électricité de la ville d’Antananarivo avec, selon l’opérateur, « des impacts sur la qualité de service au niveau de la population ». Elle est érigée sur le cours de la rivière Ikopa. 159 pylônes de 38 km de longueur, allant de la localité de Mahitsy jusqu’à la capitale du pays, sont prévus pour que Farahantsana puisse être opérationnel. On annonce également que les autres projets comme Volobe et Sahofika devraient connaitre des évolutions notables dans quelques mois. Quant au projet Mandraka III, la signature de la convention de financement de 35 millions d’euros avec les autorités françaises a été effectuée au mois de septembre dernier

Mais l’état de sous-développement dans lequel se trouve Madagascar sur le plan infrastructurel fait qu’il faudrait de nombreuses années et des dizaines de milliards de dollars pour se mettre aux normes. La Grande île a-t-elle la volonté et, surtout, les moyens de ses ambitions ?

Du côté des décideurs publics, au premier rang desquels le président de la République, on répond sans hésiter par l’affirmative. Et ces derniers de donner pour preuve les grands projets qui sont en train de se mettre en place. Du côté de la société civile, on s’accorde sur la nécessité de multiplier les projets structurants mais on rappelle également l’importance de la bonne gouvernance afin que les ressources mobilisées pour financer ces initiatives puissent être gérées avec responsabilité et que les infrastructures construites puissent durer. La communauté des bailleurs partagent ce point de vue mais ajoutent que Madagascar doit désormais tenir compte des nouveaux paramètres comme le changement climatique et le dividende démographique dans leur plan de définition des projets structurants. Pour l’opposition, la priorité doit revenir à l’allègement des souffrances au quotidien de la population, notamment les foyers les plus démunis.

Moderniser les transports

Outre les routes, Madagascar a besoin de moderniser ses autres infrastructures de transport. Pour les ports, le ministre de tutelle Tinoka Roberto a annoncé que la plateforme de Toliara va subir des travaux d’extension. « Des réflexions sont en cours avec l’Agence portuaire maritime et fluviale et les partenaires techniques et financiers », a déclaré le membre du gouvernement, le 1er octobre dernier, lors de la cérémonie de clôture des événements organisés dans le cadre de la Journée mondiale de la mer et de la semaine du transport maritime. Du côté de Toamasina, la firme Penta-Daiho Joint Venture a indiqué que les travaux programmés dans le cadre de la première phase du projet d’extension et de modernisation du port de Toamasina sont achevés. Il s’agit notamment du remblayage des sites déterminés, l’agrandissement et le dragage des postes à quai, ainsi que l’agrandissement du parc à conteneurs.

La société en charge d’exécuter les travaux a aussi fait savoir que la seconde phase du projet est déjà en cours de réalisation et prévoit le prolongement du brise-lames, la construction du quai C4, le dragage des quais C1, C2, et C3 et l’amélioration de la circulation à l’intérieur du port. La nouvelle a été confirmée par l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA), bras financier du projet, qui contribue jusqu’à 65% de l’investissement total (639 millions USD) dans le cadre d’un prêt concessionnel de 40 ans. Démarrés en avril 2018, les différents travaux vont permettre d’aligner le port de Toamasina sur le standard international en matière d’infrastructures portuaires et de le rendre encore plus concurrentiel.

Le port traite actuellement environ 75% du fret intérieur et environ 90% du fret international qui transite par Madagascar. Il est prévu que ce chantier, une fois achevé, permette de doubler au moins le volume de fret pouvant être traité sur la plateforme. Les travaux de modernisation du port sont menés parallèlement à d’autres projets routiers et ferroviaires entrepris pour servir de support au transport en amont et en aval des marchandises via la plateforme.

Pour les infrastructures aéroportuaires, la société Aéroports de Madagascar (Adema) a indiqué qu’après avoir effectué une étude de pré-faisabilité pour le projet d’extension et de modernisation des dix aéroports principaux du pays, hors Ivato et Nosy Be qui sont gérés par Ravinala Airports, la prochaine étape sera le lancement d’un appel à manifestation d’intérêt pour prospecter les partenaires/ investisseurs. Selon les estimations, il faudrait au moins 800 millions de dollars pour arrimer ces plateformes aéroportuaires aux standards internationaux.

Dans le secteur du transport ferroviaire, des projets d’envergure sont également sur le feu. Citons, entre autres, la remise en état de 370 km de la ligne de chemin de fer qui relie la ville portuaire de Toamasina à Antananarivo. À noter que la première priorité du gouvernement est de rendre opérationnels les 880 km de voies ferrées que compte la Grande île. Mais dans les coulisses, on évoque également le projet en cours de réflexion qui prévoit la construction d’une ligne ferroviaire qui sillonnera le sud du pays et qui devrait desservir les localités à forte potentialité minière dont la zone de la Sakoa, le premier gisement de charbon du pays.

Transformer le Sud

Lors de son déplacement dans le sud, la semaine écoulée, le couple présidentiel a une fois de plus réitéré sa volonté de mettre enfin le sud sur les rails de l’émergence. Le président Andry Rajoelina a ainsi déclaré qu’une bonne partie de l’allocation spéciale non remboursable à hauteur de 332 millions de dollars du Fonds Monétaire Internationale (FMI) sera consacrée aux infrastructures pour cette partie du pays.

Ainsi, les efforts pour assurer l’accès à l’eau potable seront marqués par la construction d’un grand pipeline qui acheminera l’eau depuis le fleuve Efaho jusqu’à Ambovombe. Ce mégaprojet qui va transformer radicalement les régions Androy et Anosy va nécessiter près de 70 millions de dollars d’investissement et sera lancé incessamment. Le chef de l’État a également confié que l’argent est déjà disponible au niveau de la Banque Centrale et que les appels d’offre relatifs à la concrétisation de ce projet vont être lancés.

Concernant la réhabilitation de la RN13 reliant Ihosy et Betroka, promesse a été faite que les travaux démarreront d’ici la fin de cette année.Dans le domaine de l’énergie, un grand parc solaire sera aussi implanté dans la localité d’Ambovombe, ainsi que dans plusieurs districts. À citer également le projet « Ceinture verte » qui a débuté officiellement à Maroalimainty et consiste à la mise en place de près de 18 122 ha de ceinture verte, ainsi que de 170 km de brise-vent et le grand chantier pour la stabilisation des dunes de sables.

Rappelons en outre que la Banque mondiale, dans le cadre du projet Mionjo, a décidé d’octroyer 100 millions de dollars pour le financement de projets privilégiant une approche intégrée du développement durable dans la partie australe du pays. Les infrastructures hydrauliques font partie des priorités de ce projet qui ambitionne de renforcer la résilience des populations des régions concernées.

Projeter l’Analamanga vers le futur

La région Analamanga et ses environs vont accueillir plusieurs chantiers d’envergure qui acteront la transformation de la capitale. Le premier d’entre eux est sans nul doute la construction d’une nouvelle ville à Imerintsiatosika. Le projet Tana-Masoandro a déjà démarré par les travaux de terrassement pour l’aménagement des routes. Parallèlement, plus de 300 logements sont en cours de construction par trois entreprises.

Le secrétaire d’État en charge des Nouvelles villes et de l’Habitat auprès de la Présidence, Gérard Andriamanohisoa, lors d’une visite de chantier qu’il a effectué récemment, a indiqué que près de mille hectares de superficie sont consacrés aux nouveaux logements sociaux et que les études socio-environnementales ont déjà été bouclées. La première phase du chantier de Tanà-Masoandro devra être achevée pour l’accueil des Jeux des îles de l’océan Indien, en 2023. À terme, le projet accouchera d’une zone urbaine qui disposera de toutes les commodités modernes. Selon ses promoteurs, il s’agit d’aménager un espace qui accueillera un quartier administratif, des zones d’investissement, des centres de santé, des centres de loisirs et des établissements à vocation éducative.

Téléphérique, trains urbains, aménagement du canal d’Andriantany ou encore installation des flyovers sont aussi attendus pour transformer la capitale. Sans oublier le projet d’implantation d’un système de liaison baptisé « Voie Rapide Ouest Antananarivo – Imerintsiatosika » (VROT) pour connecter la ville d’Antananarivo et la nouvelle zone urbaine. Selon nos informations, il s’agit de construire une voie rapide de 24km à six voies (4 voies véhicules et 2 voies trames).

Les projets structurants ne concernent pas seulement Antananarivo et le Sud. D’autres projets sont conçus pour les autres régions comme Antsiranana qui devrait abriter un nouveau port, un nouvel aéroport et une zone d’émergence économique.

Les firmes chinoises à l’affut

En Afrique comme à Madagascar, les entreprises chinoises sont toujours au front quand il s’agit de décrocher les marchés pour la réalisation des projets structurants. Pour rappel, en septembre 2018, en marge du Sommet de coopération sino-africaine à Pékin, quatre projets d’accord dans le domaine des infrastructures ont été signés avec des entreprises chinoises. Ils concernent une ligne ferroviaire entre la capitale malgache et Fianarantsoa, la construction d’un nouveau port à Antsiranana, la construction d’un tramway ou d’un métro aérien à Antananarivo et l’extension de l’aéroport Toamasina.

Les entreprises signataires sont la China Road and Bridge Corporation et l’AFECC Sogecoa qui opèrent déjà toutes deux sur la Grande Île, ainsi que la Norinco International. Certes, ces projets n’ont pas connu jusqu’ici un début de réalisation mais ils démontrent l’activisme des firmes chinoises dans les infrastructures à Madagascar où l’une d’elles vient de livrer le stade Barea de Mahamasina modernisé. En avril dernier, Guo Xiaomei, Ambassadeur de Chine à Madagascar, a souligné que dans le cadre de l’Accord sur la Promotion et la Protection Réciproques des Investissements entre les deux pays, il encourage les entreprises chinoises à être plus présentes dans la Grande Ile et à accroître leurs investissements pour « accompagner Madagascar dans la réalisation des Velirano ». Mais d’autres entreprises sont également à l’affut. D’après les analystes, le début de réchauffement des relations entre Madagascar et la France vont pousser les opérateurs d’infrastructures de cette dernière à muscler leur position.



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