Une prison taillée à la dignité humaine


La nouvelle prison d’Imerintsiatosika est officiellement opérationnelle. Érigée en établissement de haute sécurité, elle est construite dans le but de désengorger Antanimora et Tsiafahy.

Il ne faut pas oublier que, même détenue, une personne a le droit au respect de sa dignité humaine. Ces mots sont ceux de Andry Rajoelina, président de la République, durant la cérémonie de remise officielle de la nouvelle prison d’Ime­rintsiatosika, hier.

Avec seize salles de détention pour une trentaine, jusqu’à une cinquantaine de détenus, la prison d’Imerintsiatosika peut accueillir quatre cent quatre vingt, jusqu’à huit cents prisonniers. Selon les discours prononcés, hier, ce nouvel établissement pénitentiaire aidera au désengorgement de la maison centrale d’Antanimora et de la maison de force de Tsiafahy. Il a par ailleurs été souligné que l’édifice est la matérialisation du Velirano numéro 3, du chef de l’État, qui prévoit notamment le respect des droits de l’Homme.

Le respect des droits de l’homme et celui de la dignité humaine sont justement martelés comme mots d’ordre des projets de construction de nouvelles prisons suivant les normes internationales. Celle d’Imerintsiatosika est la première d’une série de nouveaux établissements pénitentiaires édifiées depuis le début du mandat du Président Rajoelina. Selon ses dires, hier, sa visite de la maison centrale d’Anta­nimora, en novembre 2019, l’a confortée dans l’idée de construire de nouveaux édifices carcéraux.

« J’ai constaté lors de cette visite les conditions exécrables dans lesquelles vivent les détenus. C’est comme si c’était l’enfer sur terre, alors que la prison doit aider les personnes à retrouver le droit chemin, leur dignité, à se réinsérer dans la société »’, déclare Andry Rajoelina. Selon Herilaza Imbiky, avec plus de vingt-neuf mille détenus, la population carcérale fait pratiquement le triple de la capacité totale des prisons du pays. Des établissements comme Antanimora ou Tsiafahy sont pleins à craquer.

Le parloir, lors des visites des détenus.

Prison de haute sécurité

Avec un taux d’occupation allant jusqu’à 300%, les détenus vivent dans une promiscuité extrême. Ils s’entassent dans les dortoirs dans des conditions d’hygiène odieuses. La quasi-totalité des prisons du pays sont, par ailleurs, des bâtiments voués à d’autres usages, à la base. Celle d’Antanimora, par exemple, est un ancien monastère, avant d’être utilisée comme prison, depuis 1902. Celle de Mahajanga est un ancien centre de traite d’esclaves.

La seule prison construite depuis le retour à l’indépendance est la maison de force de Tsiafahy, en 1980. Seulement, prévue pour une cinquantaine de détenus, elle en compte près de quatre cent cinquante actuellement. Ce n’est que maintenant que de nouveaux établissements carcéraux sont construits. Par rapport à la norme déplorable qui s’est installée dans les prisons du pays depuis des décennies, celle d’Imerintsiatosika s’apparente à un cinq étoiles.

Avec des lits superposés, chaque détenu a droit à une couchette individuelle. Chaque salle de détention dispose de toilettes qui lui sont propres. Il y a, aussi, des toilettes communes au rez-de-chaussée. Avec un revêtement de carreaux ressemblant à du marbre, les douches, avec eau courante, sont plus rutilantes que les vestiaires de la plupart des stades et gymnases du pays.

La prison dispose également d’un réfectoire et d’une salle de réinsertion, où les détenus peuvent suivre des cours. Le président de la République a proposé qu’un panneau de basket, ou une autre activité sportive, soit proposé sur la grande cours de promenade à ciel ouvert. Bien que le standing des lieux pourrait faire des envieux, il ne faut pas oublier que l’édifice d’Imerintsiatosika est une prison. Elle est même érigée au rang de prison de haute sécurité.

Le désengorgement des prisons a en effet une portée sécuritaire. Une prison surpeuplée est une poudrière. Si l’accent a été mis sur les normes permettant de respecter les droits et la dignité humaine, rien n’a été laissé au hasard sur la sécurité. Il y a toujours un risque de rébellion des détenus.Dès les premiers regards, les murailles de l’établissement, surplombées par quatre miradors qui dominent le paysage, donnent le ton.

Selon le Garde des sceaux, la prison d’Imerintsiatosika accueillerait les détenus dangereux et ceux condamnés à de lourdes peines pour des infractions criminelles. Des caméras de surveillance permettent aux gardes d’avoir constamment un œil sur chaque recoin de la prison. Ils peuvent même surveiller jusqu’à 8 kilomètres autour de l’établissement. La nuit, une batterie de projecteurs éclairent l’intérieur et l’extérieur.

Les salles de détention sont agencées en carré autour de la cour de promenade. Ce qui permet aux gardes d’avoir une vue d’ensemble des lieux. Selon les indiscrétions, les fondations sont en béton et ancrées profondément dans le sol. Les murs épais font que le réseau téléphonique et internet passe difficilement. Il n’y a qu’un seul point d’entrée et de sortie. Un large corridor à ciel ouvert sépare les murs de la prison des murailles l’entourant.

Des câbles métalliques sont disposés en long et en large de la cour de promenade afin d’éviter des tentatives d’exfiltration de détenus par les airs. Si jamais un détenu parvenait à leurrer les gardes pour traverser les différents portails de sécurité, il devra encore affronter une muraille de plus de dix mètres de haut, avec un double niveau de barbelés. Entre-temps, les gardes postés au sommet des miradors auront tout le temps pour le tenir en joue et le dissuader de tenter cette mission impossible.



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