Développement économique régional – Toliara toujours en attente de son heure de gloire


Quand et comment Toliara arrivera-t-il à s’en sortir ? Les potentialités économiques de la partie Sud de l’île sont connues et reconnues, mais elles sont peu ou mal exploitées. Les politiques s’embrouillent et ne tracent pas un chemin clair pour y arriver. Le secteur tertiaire occupe encore la majeure partie de l’économie d’AtsimoAndrefana et se rapporte à de petites activités commerciales. L’industrie n’est plus son fort depuis que les sociétés Sumatex et Toly ont disparu. Le secteur privé de Toliara demande l’ « équité économique » pour pouvoir avancer.

L’économie de Toliara est basée sur quatre axes bien distincts : le littoral avec le tourisme et la pêche, la plaine pour l’agriculture, les ressources minières et les ressources humaines. Mais le développement de ces piliers économiques se heurtent aussi à quatre blocages majeurs : L’insécurité, le changement climatique, la déficience en énergie et le manque d’infrastructures. Avec le pacte communautaire Dinabe, l’insécurité est plus ou moins résorbée. Encore que l’application des articles du pacte reste problématique. Le changement climatique a impacté sur les barrages et les systèmes d’irrigation. La sècheresse touche de plus en plus de communes. L’énergie a toujours été une condition sine qua none pour les investisseurs et le manque de solutions énergétiques n’arrangent pas leurs affaires.

Le tourisme local constitue une niche intéressante pour le secteur à Toliara.

Elijaona Razafitombo : Président de la Chambre de commerce et d’industrie de Toliara – « Le décollage de Toliara a besoin d’équité économique »

Que peut offrir Toliara à des investisseurs potentiels ?

Diverses possibilités d’investissement telles que les Bâtiments et construction, le service et le commerce. Ce qui veut dire qu’il y a un optimisme réel palpable chez les investisseurs et opérateurs économiques déjà sur place. Les aménagements agricoles qui avancent à grands pas, attirent également vers le secteur primaire.

Le secteur tertiaire occupe encore la majeure partie de l’économie. Pourquoi ?

L’énergie coûte cher à Toliara. Heureusement que depuis l’annonce de l’application de la péréquation tarifaire du coût énergétique de la Jirama, nous pourrons peut-être en bénéficier à partir de ce mois. Mais auparavant, le coût de l’énergie valait trois fois plus cher que celui appliqué dans la capitale. L’exploitation de l’énergie solaire hybride de 2,9MW a démarré depuis peu, mais ne parvient pas à répondre à tous les besoins en période de pic. Enfin, la faible capacité du port de Toliara nous contraint d’acheminer nos produits vers le port de Toamasina avant leur exportation. Beaucoup d’opérateurs estiment ainsi qu’il est plus rentable d’investir ailleurs que dans l’Atsimo-Andrefana.

Outre ce que vous avez énuméré, que demande la région Atsimo-Andrefana pour s’en sortir ?

Il nous faut un plan de relance et il nous faut plus d’ouverture économique. Si l’environnement des affaires est stable et attractif, le coton serait industrialisé sur place par exemple, et ne serait pas qu’une matière première exportable. De même que le labradorite ou les autres matières. L’État doit installer une « équité économique » pour toutes les régions dont Atsimo-Andre­fana, c’est-à-dire un même coût et disponibilité énergétique, la même qualité de formation professionnelle, les mêmes conditions d’entrepreneuriat, les mêmes infrastructures industrielles, portuaires, routières….

Quel serait la filière porteuse pour augmen­ter le nombre de jeunes sur le marché de l’emploi ?

Une filière génératrice d’emplois stables outre que les mines, comme les call-centers. Alors que l’Atsimo-Andrefana dispose d’un capital humain non négligeable et exploitable, la plupart des jeunes qualifiés de la région préfèrent travailler ailleurs. Ceci, en raison du manque d’ « équité économique » de la région par rapport aux autres.

Un secteur minier encore miné…

Plus d’un reconnaissent les richesses minières de la région Atsimo-Andrefana en or, en saphir et pierres précieuses, en labradorite et en ilménite. Des opérateurs estiment qu’il vaut mieux remettre l’exploitation d’ilménite à l’État ou à l’État d’instaurer des conditions d’investissement favorables pour ceux qui veulent risquer gros. D’autres pensent que l’ilménite n’attend que d’être exploitée pour faire émerger l’Atsimo-Andrefana de la pauvreté.

Dr Colin Ratsirisija se demande si Toliara est prêt à accueillir un grand projet minier.

Le Dr Colin Ratsirisija, enseignant d’université et ancien coordonnateur d’un projet de développement de la filière Pêche, pose la question de la motivation de Toliara face au projet d’exploitation d’ilménite. «  Toliara est-il prêt à accueillir un projet d’exploitation de cette taille », se demande-t-il. Comme tout projet envisagé comme pouvant contribuer au développement, la dimension anthropologique locale n’est pas à minimiser. «  La réponse qu’on pourrait donner à cette question est peut-être  oui, mais…. Et ce ‘mais’ a besoin d’être analysé à fond. Les Tuléarois ont soif de développement, mais il faut les informer qu’il y a un prix à payer », explique-t-il. «  Dans mes expériences avec le projet PACP, il nous a fallu deux ans pour monter le socle du projet. C’est pour dire qu’il faut un minimum de temps de préparation dans la tête des habitants sur l’installation du projet Base Toliara », poursuit l’enseignant.

La préparation des communautés doit être fixée par les réponses aux questions :

– Quels sont les apports du projet ?

– Qu’en est-il des infrastructures sociales et économiques indispensables à pareil projet ?

– Quelles réponses apporter à chaque point problématique du projet ? Pêche, entreprises prestataires, résistance sociale, compétences…. ?

« Il est grand temps de changer de vision et d’approche dans l’élaboration d’un projet afin de réduire les résistances », finit le Dr Ratsirisija.

À Toliara, les activités économiques restent dominées par le secteur tertiaire, comme en témoignent les statistiques délivrées par le responsable d’antenne de l’Economic development board of Madagascar, Stephan Herinirina. Sur les trente-cinq sociétés créées dans le chef-lieu de la région Atsimo-Andrefana en 2020, vingt-sept sont dans le secteur tertiaire, en majorité dans le commerce, trois dans le secteur secondaire et cinq dans le secteur primaire.

Les activités économiques de la région ne tirent pas encore assez vers le développement envisagé.

Le Tourisme reste optimiste

Le tourisme local renait. Si l’année dernière, l’Isalo avait été totalement désertée par les touristes, un taux d’occupation de 30 a pu être enregistré au mois d’aout. C’est une affluence inespérée de touristes locaux, mais qui a néanmoins permis aux opérateurs hôteliers de Ranohira de survivre. Ils sont, en effet, bien loin du taux d’occupation de 70 qu’ils ont l’habitude d’enregistrer durant la période de haute saison touristique, comme l’indique le directeur d’exploitation d’Isalo Rock Lodge, Sévérin Besabotsy.

Les opérateurs touristiques de l’Atsimo-Andrefana sont également bien loin de l’année exceptionnelle qu’avait été 2019. En l’absence de touristes internationaux qui sont leurs principaux clients, ce sont les revenus générés par les nationaux qui leur ont permis de tenir le coup. « Heureusement que les nationaux sont partis en vacances. S’ils n’avaient pas été là, ça aurait été très compliqué. Quoi qu’il en soit, nous devons encore faire face à la période de vache maigre. Nous devons faire attention et mettre de l’argent de côté pour ne pas nous endetter quand les visiteurs locaux ne seront plus là. Nous nous attendons au pire d’ici une quinzaine de jours », explique le propriétaire de la Bella Dona Hôtel de Mangily, Tony Belcastro, qui ne compte plus sur le retour des touristes internationaux.

Pour le Moringa Hôtel de Toliara, l’affluence des locaux lui a permis d’enregistrer une augmentation de 10 de son taux d’occupation au mois d’août par rapport à juillet. Le taux enregistré ne dépasse toutefois pas les 40 enregistrés généralement dans la basse saison, et est insignifiant comparé au taux d’occupation de 80 durant la haute saison que cet hôtel a l’habitude d’enregistrer, nous livre son directeur, Guiliano Robin Ranaivoson.

« Cependant, l’ouverture des frontières ne signifie pas forcément le déplacement des touristes internationaux vers Madagascar. Ainsi, c’est le tourisme local qu’il faudra promouvoir au plus vite. Certes, nous n’en tirons pas beaucoup du tourisme national, mais au moins il nous permet de nous maintenir en vie », lance le directeur de Moringa Hôtel.

Tony Belcastro propriétaire gérant de l’hôtel La Bella Donna Mangily.



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