Sophie Ratsiraka – « L’artisanat et les métiers, deux armes redoutables contre le chômage »


Certains voient dans la création d’un ministère de l’Artisanat et des métiers une pure futilité. La ministre Sophie Ratsiraka balaie d’un revers de la main ces fausses-idées reçues.

Créer un ministère à part entière pour l’Artisanat et des métiers, est-ce une obligation ou une nécessité?

Ni l’une, ni l’autre. Ce ministère est, je dirais, le maillon essentiel mais manquant dans les rouages du développement économique. Sa création, quoique un peu tardive, tombe à point nommé. Car, à la sortie de la crise sanitaire, qui plane toujours telle une chape de plomb, il est temps de valoriser tous les atouts que le pays et sa population peuvent mettre en valeur. Voilà pourquoi l’artisanat et les métiers, deux secteurs interdépendants et complémentaires, ont leur place de choix sur l’échiquier économique et financier. Associés, ils se présentent comme une arme redoutable contre le chômage de longue durée. Car, dans la plupart des cas, les Malgaches qui sont dans les métiers de l’artisanat, je cisèle mes mots, partent d’une initiative individuelle ou familiale. Avec une créativité sans limite et variée. Et c’est cette authenticité qui fait la force des produits malgaches sur le marché international. L’artisanat accompagne le tourisme et la culture, et vice-versa. Une tangente à ne pas oublier.

Comment définissez vous un artisan, un thème vague et souvent galvaudé en ce moment pour qualifier des sans-emploi à durée indéterminée?

Pour ne pas avoir un esprit partisan pouvant froisser certaines susceptibilités, permettez-moi de reprendre la définition telle qu’énoncée par le Code de l’artisanat de la loi 2015-54. « L’artisan n’est pas seulement cet « artiste d’art » ou « artiste visuel » se spécialisant dans les arts décoratifs ou arts visuels, mais il est aussi celui qui s’adonne aux activités tant d’extraction, de production, de transformation, d’entretien, de réparation de bien que de prestation de services; mais pour plus de commodité, le Code a simplifié la définition de l’artisan tout en le clarifiant, distinguant dans ce sens l’artisanat de produit (celui-ci comprenant l’artisanat d’art ou visuel) et l’artisanat de services (article 3, 1er alinéa). Je pense que cette disposition légale résume d’une manière explicite et implicite une vaste notion autour de l’artisanat.

Quels sont nos atouts et nos faiblesses en la matière?

Des étrangers qui ont eu l’occasion et la chance de visiter Madagascar ont été émerveillés par les différents paysages d’un pays qu’ils ont qualifié de continent. Tellement tout peut changer d’une région à l’autre. Que ce soit les reliefs ou les climats ambiants. Mais ils ont été aussi ébahis par les richesses inouïes des produits artisanaux: la poterie, la marqueterie, la vannerie, la broderie, la soierie dans toutes ces déclinaisons, le travail du fer, le papier Antemoro, les cornes, la sculpture, le cuir, les instruments de musique, l’art de la récupération des papiers usés ou autres matières premières… La liste serait d’une longueur interminable. Le tout servi par une main d’œuvre qualifiée presque innée, facile à perfectionner. Sans oublier la réussite à l’échelle mondiale des doigts de fée qui travaillent pour le compte des entreprises franches du textile et de l’habillement. Avec les préférences des grandes maisons de la haute couture. Comme Dior ou Chanel. Pour ce qui est des handicaps, je dirais les coûts exorbitants des matières premières à cause de leur rareté chronique, le manque ou l’inexistence de financement adapté et adéquat, et le non-respect des délais de livraison quand le carnet des commandes commence à être surbooké. Sans compter les pertes de la qualité. Le ministère est là pour apporter des réponses concrètes à ces imperfections, tout à fait compréhensibles.

Votre agenda sur le court terme?

Je prévois des tournées régionales pour m’imprégner des réalités locales souvent occultées par d’autres considérations. Sous les paillettes et les artifices. Il y aura aussi la tenue du Salon des métiers et de l’artisanat de l’océan Indien au Jardin d’Antaninarenina, la semaine prochaine. Une occasion d’échanges et de partage d’expériences. En tout cas, l’artisanat malgache, avec ses facettes de métiers, est un art ancré dans les traditions les plus profondes. Transmis de génération en génération, il bénéficie aujourd’hui d’un savoir-faire exceptionnel reflétant la culture du pays, empreinte d’une civilisation séculaire. Un univers à découvrir sans modération. Nous n’avons pas à en rougir.



Source link

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *